05 juillet 2009
fêtes à Congénies
L'histoire , c'est aussi les événements du quotidien , les traditions , les rendez-vous annuels incontournables et les personnes qui y participent . A l'approche de la fête vôtive qui se déroule cette année du vendredi 10 au mardi 14 juillet , je vous propose de revenir , à travers quelques images , ( et parfois aussi avec une pointe de nostalgie ) sur les festivités à Congénies autrefois .
Sur la place du jeu de paume , à l'ombre de la tonnelle du café de France et de l'arbre de la Liberté , on se retrouve en trinquant dans la convivialité . Pour les plus jeunes , le manège est là ... Deux élégantes au balcon sont assises à côté du drapeau tricolore installé pour la circonstance . Congénies , un 14 juillet vers 1910 .
On prend la pause devant le manège ...
... tout comme à la terrasse de l'ancien café de France .
La place du peyron , plan taurin historique et réputé de Congénies , ici vers 1910 . Deux cartes postales différentres ont été editées à cette époque ; celle ci est la plus rare et difficile à trouver aujourd'hui. On notera que cette disposition a largement inspiré André Clair en 1938 lorsqu'il va réaliser les peintures murales du foyer communal . Le peyron sera finallement goudronné tardivement en 1975 et de nouvelles arènes installées de 1976 à 1991 sur la place de la poste .
Rare course à l'ombre des platanes de Fontvieille dans les années 1930 .
Et l'on danse aussi ... sur le peyron dans les années 1930 .
A toutes et à tous , une joyeuse fête !
Congénies , juillet 2009 , abrivade sur l'avenue de la Fontaine .
02 juillet 2009
L'ancien village de Saint André ; tentative de localisation et recherche d'éléments
Au sein du vieux village de Congénies , deux noyaux anciens se distinguent . Au centre , le quartier de l'ancien " fort " et environ 100 mètres au nord-ouest , un amas de maisons bien moins organisé situé entre la rue de la Portalade , la placette des tonneliers et la rue de la Vermeillade dans sa partie ouest et nord . ( Cf l' étude consacrée à ce sujet par l'équipe de Jean Marc Roger dans les bulletins de " Congénies en Vaunage " ) . Selon toute vraisemblance , il s'agit bien de ce groupe de maisons qui était rattaché à l'ancienne église romane de Saint André et fût déserté au moment des troubles des 14ème et 15ème siècles ( voir l'article précédent ) . Plan extrait du cadastre de Congénies ; document annexe à l'inventaire générale du patrimoine ; Loïc Vannson 2008-2009 .
Détail d'une localisation encore assez approximative ... Notons qu'à ce jour , aucun vestige d'une occupation gallo-romaine n'a été retrouvé dans l'enceinte globale de l'ancien village ....
Comme l'attestent les quelques photos ci dessous , le quartier semble avoir été à nouveau habité dés le 16ème siècle
Partie nord de la Vermeillade , façades fin 16ème , début 17ème aux portes typiques de cette époque .
Plus ancien encadrement de porte connu à ce jour sur Congénies portant la date de 1590 sur sa clef de voute dont les motifs restent énigmatiques ... A noter que cette porte donnait accés , jusqu'au milieu de la seconde moitié du 20ème siècle à un passage couvert , colidor ( comprendre corridor ou "couloir" , plus connu sous le nom de "passage du porge".
Ci desous , différentes vues de l'intérieur d'une maison de ce quartier qui a gardé tous ses éléments typiques de cette époque.
Détail d'un corbeau de soutient de l'escalier sur le jambage gauche d'une porte .
Ici , nous sommes en présence d'un intérieur particulièrement intéressant et trés représentatif de ce qui se fait aux 17ème et 18ème siècles . Ces pièces à vivre sont , la plupart du temps du temps, situées au 1er étage , au dessus des rez de chaussée à épaisses voutes quadripartites . Une disposition classique ; de droite à gauche : grande cheminée ; potager et évier en pierre . Remarquer la présence de bars en pierre au sol .
Détail de l'évier en pierre où est gravé un " serpent " permettant de guider l'évacuation de l'eau vers l'extérieur ,dans la rue .
Un exemple d'évacuation de l'eau d'un évier au moyen d'une gargouille .
Ici , nous sommes en présence d'un élément plus ancien , un arc en accolade richement gravé d'une ancienne porte aujourd'hui bouchée, certaintement d'époque fin 15ème , début 16ème . S'agit-il d'un élément de réemploi des anciennes habitations ?
Détails de cet arc en accolade , le plus travaillé connu à ce jour à Congénies .
Une sortie de cheminée particulièrement bien travaillée en pierre de Junas , assez semblable aux modèles rencontrés au milieu du 18ème siècle . ( à préciser cependant ) .
Autre vue de cette cheminée . A l'arrière plan , le clocher du temple
Souvent ces maisons ont été agrandies aux 18ème et 19ème siècle au sud du côté des cours et jardins . Remarquer le balcon en fer forgé riveté fin 18ème .
Détail de la clef de voute de l'encadrement de cette porte fenêtre .
Ancienne fenêtre à croisée de meneaux bouchée puis repercée dans la seconde moitié du 18ème par une fenêtre à arc segmentaire . Placette des tonneliers .
Enfin , détail de la clef de voute de l'arche de la Portalade ; milieu 18ème . Gravure " troublante " au dessus de la date . Certains y voient des emblèmes maçonniques ( mais dans ce cas il manque l'équerre au dessous de ce qui pourait être un compas au sommet de la composition ... ) . D'autres avancent l'hypothèse séduisante qu'il pourait s'agir d'une croix de St André surmontée d'une toiture rappelant le souvenir des habitations de st André ...
Merci de nous faire part de votre avis sur la question et ne nous indiquer , comme pour le " fort " si d'autres éléments architecturaux qui nous sont inconnus existent au sein d'autres habitations de ce quartier si vous effectuez des travaux par exemple .
Contact : 04 66 80 71 87
Loïc Vannson
27 juin 2009
Congénies , village fortifié au 14ème siècle
Extrait du cadastre de Congénies .
On distingue clairement la forme carrée de l'ancien village remodelé au milieu du 14ème siècle . Ce quartier est communément désigné à Congénies sous le nom de " fort " . Il est délimité au sud par le parvis de l'église et l'avenue de la malle poste dans la partie de l'ancienne place du centre , à l'ouest par la place du jeu de paume , au nord par la place du peyron et la promenade puis à l'est par la rue du fort . Ces espaces qui forment aujourd'hui des places étaient en fait ceux occupés par les douves . Un seul a été urbanisé entre la rues du Fort et la rue des poèmes de la fin du 18ème au début du 19ème siècle . Le cimetière médiéval se trouvait , quant à lui , à l'emplacement de l'actuel foyer communal .
Tentative de restitution spaciale du " fort " dans son état originel . ( Document annexe à l'inventaire général du patrimoine de Congénies ; Loïc Vannson; 2008-2009 ) .
Ci dessous quelques photos de vestiges architecturaux au sein de cet ancien ensemble :
Une ancienne porte bouchée surmontée d'un arc à accolade rue des marchands
Fenêtre à croisée de meneaux dans une cour donnant sur la rue des amoureux
Détail des blasons gravés sur cette fenêtre ; le premier aux initales de Jésus Christ , le second à celles de Marie
Angle des rues vieille école et des marchands ; une ancienne coquille Saint Jacques
Porte surmontée d'un arc en accolade ; rue vielle école
Fenêtre à croisée de meneaux récemment restituée sur la même maison
Toujours sur la même maison , fenêtre géminée d'époque gothique
D'étails des sculptures polylobées avec rosettes au sein des deux arcs en ogives
Côté place du jeu de paume ; récente réhabilitation pour ces fenêtres à simples meneaux et bandeau de façade . Ces constructions marquent la limite de l'habitat médiéval . Une rangée de maisons a été en effet ajoutée sur les côtés ouest et nord dans le courant des 17ème et 18ème siècles lors du démentellement progressif des anciens remparts et le comblement des fossés. Cette délimitation apparaît trés nettement ici
Toujours la même maison , détail du meneau restitué
Pourquoi la construction d'un village fortifié et retour sur les évènements qui jalonnent le 14ème siècle .
Aprés une longue période de prospérité économique qui voit la démographie du royaume s'envoler jusqu'au début du 14ème siècle, les deux tiers de ce siècle sont marqués par un revirement radical de situation.
Tout d'abord, la population continue d'augmenter alors que la production agricole stagne car il n'y a plus assez de terres à défricher . Le temps des famines arrive ainsi dés les années 1420 , accentué par le début de ce que l'on nonme communément "le petit âge glaciaire" . Des hivers rigoureux et de étés frais et humides se succèdent entrainant la perte d'une grande partie des récoltes .
Dans de telles conditions , les crises économiques ne peuvent qu'entrainer d'importants troubles sociaux et politiques . Ainsi 1337 voit le début de la fameuse "guerre de Cent Ans" qui oppose les royaumes de France et d'Angleterre . A cet effet , de nombreux soldats et mercenaires sont engagés dans les hostilités . Durant les périodes de "répis" , ces "routiers" ( comprendre ce terme dans le sens où ses hommes étaient sans cesse en déplacements ) , souvent accompagnés de brigands de grands chemins en tous genres , doivent trouver des moyens de subsistance . Dans notre région , en Bas Languedoc , des premiers troubles sont mentionnés autour de Pont Saint Esprit . Pillages et mises à sac des communautés ou villages sont au programme ; la terreur règne . Ces hommes menaceront même , un temps , de marcher sur Avignon alors siège de la nouvelle papauté ...
Face à de telles conditions d'insécurité permanente , les demandes de fortifications de villages se multiplient afin de se protéger des barbares . C'est exactement celà qui motive les communautés de Saint André et de Congénies à rédiger une charte en ce sens en 1366 ( ce précieux document est conservé aux archives départementales du Gard ) . Les remparts ou fortifications et douves sont réalisés en 1367 par les habitants eux mêmes . Le petit groupe d'habitations de "la portalalade-Saint André" parait avoir été , pendant un temps, abandonné ; ses occupants préférant trouver refuge au sein du "fort" .
Les bases du "nouveau Congénies" paraissent avoir été totalement remaniées au cours de cette opération urbanistisque : rationnalisation de l'habitat en forme de carré avec croisée centrale des rues ( il semble que l'on se soit inspiré , certes de façon plus modeste , des modèles urbanistiques mis en place depuis un siècle comme à Aigues-Mortes ou encore le quartier bas de Sommières avec ses rues en damier ...)
L'ancienne église , alors de style roman , est intégrée à ce système défensif ( son chevet porte d'ailleurs les traces d'un important arrachement qui pourait correspondre à l'ancrage de l'ancien rempart ... ). Il pourait en être de même au sujet de l'ancien cimetière médiéval pour lequel il est mentionné la construction d'un "portal" ( comprendre portail fortifié ). Peut être les habitants pouvaient ils également trouver refuge au sein de ce cimetière ceint de murs ... ( des exemples de ce type sont connus dans plusieurs villages sur le Larzac ) .
Chevet de l'église , traces supposées de l'ancrage du rempart ....
Sur le front de la "guerre de Cent Ans" , les choses sont loin de s'améliorer pour la France ... La chevalerie française essuye deux cuisantes défaites à Crécy puis à Poitiers . A cette occasion , le roi de France , Jean II le Bon, est fait prisonnier . Le dauphin Charles est contraint de signer le Traité de Brétigny en 1360 qui concède un tiers du royaume aux anglais et prévoit le paiement d'une rançon faramineuse de 3 millions d'écus d'or pour la libération du roi , soit l'équivalent de deux années de recettes royales !
Des corps et des esprits affaiblis , une situation politique , économique et sociale catastrophique ; il n'en fallait pas moins pour qu'un ultime fléau s'invite dans ce siècle noir : la peste . Elle fait son apparition dés 1348 et provoque une véritable hécatombe démographique . On estime , en moyenne , à un tiers le nombre d'individus emportés par la mort avec , en certains endroits, des taux largement supérieurs . La peste qui fera d'ailleurs de nombreux retours notamment de 1361 à 1363 ou encore entre 1418 et 1419 . Les portes des villes et villages sont alors fermées , les malades souvent rejetés et mis en quarantaine ...
Si , au cours de travaux au sein des maisons de ce quartier , vous mettez à jour des restes d'éléments architecturaux qui peuvent vous paraitre annondins , merci de me contacter au 04 66 80 71 87 pour la prise éventuelle de clichés ; la compréhension de l'évolution et de la structure du " fort " peut en être considérablement améliorée ...
Loïc Vannson
09 avril 2009
Un incident dans un cabaret de Congénies au XVIIIème siècle
François Pugnière, de la Société d'histoire moderne et contemporaine de Nîmes et du Gard, a trouvé dans la série C des archives départementales de l'Hérault (fonds de l'intendance, plaintes et placets du diocèse de Nîmes, C 6808), la lettre suivante qu'il nous a transmise. Elle a été écrite le 16 avril 1742 par Fournac,de Calvisson, sans doute au commandant en chef de la province. Nous l'avons transcrite en orthographe moderne.
« J’ai l’honneur de vous informer que dimanche 15ème du courant le curé (1) de la paroisse de Congénies ayant demandé un détachement pour visiter les cabarets à l’heure des offices, je lui ai envoyé un sergent avec 6 hommes qui, faisant la visite dans le temps qu’on disait les Vêpres, y rencontrèrent le maire du lieu,
un consul et plusieurs autres. Le sergent ayant demandé l’hôte, le maire lui dit de passer la porte accompagné de bien des sottises et le consul lui porta plusieurs fois le poing au nez en lui demandant qui lui avait ordonné de faire cette visite. Le sergent ayant fait avancer son détachement fit mettre la baïonnette au bout du fusil et il arrêta le consul pour le mener à Calvisson, sur quoi la populace s’assembla et le sergent fut obligé de se retirer. Le vieux notaire (2) de l’endroit ne négligea rien pour y mettre la paix en blâmant le consul et son gendre le maire qui étaient tous ivres. Ce notaire pourra vous informer, Monsieur, de la façon que cela s'est passé ; vers les cinq heures du soir le maire et le consul vinrent me parler à Calvisson en présence de M. le juge et par leur raisonnement ils se condamnaient eux-mêmes. Je leur dit qu'ils mériteraient que je les fis mettre en prison et vous les envoyer. Ils me promirent de m'amener le cabaretier et qu'il serait plus sage à l'avenir et je ne les ai plus vus ni le cabaretier. Je ne doute pas qu'ils n'aient été chez monsieur le marquis de Calvisson pour lui demander grâce auprès de vous.J'exécuterai vos ordres sur cela et sur tout le reste qu'il vous plaira me donner.
Je suis avec un très profond respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.
Fournac
A Calvisson, le 16 avril 1742"
Une autre lettre du même signataire, datée du 18 avril reprend la même formulation jusqu'à "qui étaient tous ivres." Cette deuxième lettre, peut-être adressée à une autre autorité, se poursuit de la façon suivante : "Dégrisés, ils viennent promettre d’être « plus sages à l’avenir » et « on ne les a plus vus au cabaret. » L'affaire avait dû s'apaiser entre ces deux dates.
(1) C'était Gaspard Joseph Darles, curé de Congénies de 1722 à 1757 (Goiffon, Monographies paroissiales, archiprêtré de Nîmes).
(2) Il s'agit sans doute d'Antoine Nourrit, notaire de Calvisson de 1716 à 1757, en résidence à Congénies (Répertoire de la série II E des archives du Gard, par Marcel Gouron, 1951). Les noms du maire et des consuls n'ont pas encore été trouvés
07 avril 2009
Un déserteur à Congénies en 1793
On trouve aux archives du Gard (cote L 1630) une lettre envoyée au district de Sommières par la muicipalité de Congénies, manifestant l'irritation et l'embarras de cette municipalité devant la présence d'un déserteur dans le village. Voici le texte de cette lettre (l'orthographe a été maintenue mais, pour faciliter la lecture, les majuscules et la ponctuationont été rétablies)
"Congénies 10 aoust 1793 l’an 2e de la Republique francaise
Citoyens
Le nommé Louis Noyer qui part pour Nice avec l’escouade de Congenies auquel on en avait confié la conduite est arrivé ici avec armes et bagage. Nous l’avons questionné pour savoir par quelle raison il avait quitté sont drapeau, il nous a dit quil était malade et que tous les hopitaux était plain à Nice. Nous luy avons demandé un congé de sont regiment, il n’en a point, il na pour toute permission que celle que luy a fait le commissairre de guerre a Nismes pour respirer lair natal tout le mois daoust, et cependant il se porte à merveille. Nous pensons quil a brullé la politesse a la Nation, nous vous prion de lenvoyer chercher par deus gendarme, et nous dire la conduitte que nous devons tenir à sont égard. Nous sommes cordiallement la commune de Congenies.
Brignolle maire
Delord, Farel, Marigan officiers municipaux"
30 mars 2009
Un fou à Congénies en l'an IV
L'histoire n'est pas faite que de grands événements, a fortiori dans un village. Les petits incidents permettent eux aussi de comprendre les mentalités ainsi que les difficultés de la vie locale. En témoigne cette lettre adressée par le corps municipal de Congénies à Rebuffat, procureur du district de Sommières le 14 brumaire an IV, c'est à dire le 5 novembre 1795. (Archives du Gard, cote L 1630 ; la transcription respecte la graphie et la ponctuation).
"Congénies ce 14e brumaire an 4e Republicain
Citoyen
Le citoyen pierre Rabinel, de cette commune, a depuis environ quatre mois, de temps en temps, des excès de folie, au point qu'il se met en chemise, court les rues, frappe, et donne des coups aux uns et insultant les autres. dernièrement il a donné un coup de pierre à un enfant qui a failli fendre la tête, on nous l
'a dénoncé. Nous avons cru l'arrêter, nous l'avons fait mettre dans une chambre de cette commune. nous vous prions, citoyen de vouloir bien nous dire, comment nous devons nous comporter, au sujet dudit Rabinel, devons nous le garder ou bien le relaxer.
salut et fratenité.
Jaulmes off ml Farel p.D.l.c.
Nourrit offm benezet off ml (1)
J Coudougnan maire"
(1) Les abréviatoins signifient "officier municipal" et "procureur de la commune". Sous la date figure la mention "R. le meme jour le 15"
Reste à trouver la réponse à cette lettre. Elle existe peut-être dans la correspondance du district (série L des ADG).
Pour nous replonger un peu dans la "grande histoire", indiquons que nous sommes alors aux tout premiers jours du Directoire et que, le même jour, Lakanal faisait rapport au conseil des Cinq-Cents sur les livres élémentaires destinés à l'instruction publique.
25 mars 2009
Le cahier de doléances de Congénies en 1789
Comme toutes les communautés de France, celle de Congénies fut invitée en 1789 à rédiger un
cahier de doléances et à élire deux députés qui, avec leurs collègues des autres communautés réunis à Nïmes, devaient élire les députés de la sénéchaussée de Nîmes aux Etats-Généraux convoqués pour le mois de mai à Versailles par le roi. La réunion permettant de procéder à cette double opération se tint le 11 mars 1789. On trouvera ci-dessous le contenu et la reproduction de la première page de ce cahier que l'on peut consulter aux archives du Gard (cote C 1198). La photo ci-contre montre les signatures des habitants de Congénies - qui devaient être français âgés de 25 ans et inscrits au rôle des contributions - qui ont participé à cette réunion.
Cahier de plaintes, doléances et remontrances
de cette communauté de Congénies, tenue dans l'hôtel de ville dudit lieu,
en vertu de l'ordonnance de M. le sénéchal de Nîmes
en date du 27 février 1789.
1 - La communauté réclame que la nobilité des fonds soit abolie dans la province de Languedoc, et que les impositions royales soient réparties sur tous les biens, sans distinction de biens et de personnes ;
2 - Que toute les dépenses provinciales, diocésaines et municipales soient également payées par tous les possesseurs, relativement à l'utilité et profit qu'ils pourront en retirer ;
3 - Que trois charges différentes ne puissent pas, à l'avenir, être réunies sur une même tête, ainsi qu'on le voit aux environs, telles que bailli, notaire royal, commis au au bueau du contôle des actes, consul, etc., ce qui cause, non seulemnt un très grand préjudice à d'autres gens d'affaires, mais encore à tout le public. Du tout on prie de ne pas perdre de vue et d'y remédier ;
4 - Réclamer encore l'appui des Etats généraux pour obtenir une nouvelle constitution et un nouveau plan d'administration pour les Etats de la province de Languedoc, auquel effet les députés des trois ordres de ladirrte province y seront librement élus et s'assembleront pour délibérer sur ladite nouvelle constitutio et nouvelle administration ;
5 - Que, conformément aux nouvelles lois de l'Eglise, et à la destination primitive de ses revenus, les prieurs ou décimateurs soient obligés de laisser, dans les paroisses où ils percevront leur dîmes ou autre revenus, une portion desdits revenus, pour fournir à la subsistance des pauvres ;
6- Que les décimateurs, qui perçoivent la douzième partie de tous les fruits, doivent être tenus de fournir le nécessaire au curé , et par conséquent, que le casuel soit pour toujours aboli ;
7 - Que la dime à la cote douze étant trop forte, ou qu'elle est perçue deux fois sur une même pièce, comme blé et huile, ce qui emporte presque tous les fruits du cultivateur ; en sorte que al communauté réclame que cette dime ne soit perçue que sur une seule récolte, et sur un pied moins fort ;
8 - Que pour favoriser le commerce de l'eau de vie de La Vaunage, la communauté demande qu'il soit établi un inspecteur pour agréer les eaux de vie, au port de Lunel, ainsi que l'esprit de vin ;
Ce qui a été fait et tenu dans l'hôtel de ville dudit lieu le 11 mars 1789.
Signatures : Lombard consul, Brignolle consul. Barnier greffier, Guérin,Doumergue, Farel, Delord, Jaulmes, F. Roussillon, Rabinel, Barnier, Vermeil, J. Codognan, Vermeil, F. Jaulmes, Fages, Dermenon, Bernard, Moline, Jaumes, Daniel Guérin, Bénézet.
Ne varietur Nourrit, juge (1)
(1) Jean-françois Nourrit, juge du bailliage de Calvisson présidait la réunion. Il fut élu député à l'assemblée de sénéchaussée de Nîmes ainsi que Jean Barnier, ménager.
Extrait du livre de E. Bligny-Bondurand, archiviste du département du Gard, " Les cahiers de doléances de la sénéchaussée de Nîmes pour les Etats-Généraux de 1789" (Chastanier, Nîmes, 1908. Tome I, page 246).
L'auteur apporte les précision suivantes sur Congénies :
179 feux.
Le prieuré valait 1.500 l.
Congénies fut l'une des 19 paroisses qui formèrent, en 1644, le marquisat de Calvisson.
Le chapitre de Nîmes, le commandeur de Saint-Gilles y possédaient.
Oliviers, mûriers, vigne, blé, fourrages pâtis.
23 mars 2009
Destruction de l'église Saint-André
Nous vous avons déjà parlé de l'ancienne église Saint-André. Une lettre datant d'août 1790 trouvée aux archives du Gard (cote L 1630) apporte des précisions sur la disparion de cet édifice. On en trouvera ci-dessous la transcription (orthographe modernisée).
"Monsieur
Anciennement il y avait une paroisse appelée St André à deux portées de fusil vers le couchant de celle de ce lieu. A raison des guerres civiles qu’il y eut dans le temps, les habitants, pour se mettre à l’abri des insultes de ennemis, abandonnèrent leurs habitations et se transportèrent au lieu de Congénies, en sorte que l’église dudit St André comme étant un très beau et solide monument en resta une grande partie sans démolir, les maisons furent toutes détruites. Il se trouve aujourd’hui que certains habitants dudit Congénies, au lieu de conserver et respecter le reste des vestiges de cette église, vont non seulement tirer de la terre au dedans et au dehors de ladite église, continuant de la démolir et emportent les pierres au point que les ossements sont tous à découvert, exposés aux injures du temps. En conséquence je vous prie, monsieur, de me marquer si le procureur de la commune ne serait pas en droit de verbaliser contre ceux qui ont tiré et tirent de la terre et emportent les pierres et de faire condamner ainsi les... (illisible) La municipalité voudrait vendre le reste de cette église et le terrain sur lequel elle est construite qui peut contenir environ un quarton. Pourrait-elle le faire sans qu’il se passât rien ou bien faire défense aux habitants d’y aller toucher ? C’est ce que je vous prie de m’expliquer par un mot de réponse que je vous prie de me faire en l’adressant directement à moi.
En attendant cette complaisance, j’ai l’honneur d’être bien sincèrement, monsieur,
votre très humble et très obéissant serviteur.
Barnier greffier
Congénies 31août 1791"
Lettre adressée à
Monsieur Rebuffat, membre du directoire du district à Sommières.
Ce document apporte des précisions intéressantes. En 1790 l'église était encore debout, elle était entourée d'un cimetière. Reste à poursuivre les recherches pour savoir quelle réponse a été apportée à cette lettre.
03 octobre 2008
Congénies en 1885
Jean-Claude Chauvet a trouvé un intéressant livre intitulé « Notice statistique et des
criptive sur le département du Gard » (Paris, Imprimerie nationale, 1885). Il a été rédigé à l’état-major de la 30ème division d’infanterie « sous la direction de M. Frater, capitaine de cavalerie breveté ». A feuilleter ce document, on note immédiatement que la précision technique des informations qu’il contient se veut utile à la vie des troupes en campagne et, sans doute, à d’éventuelles réquisitions. Congénies est évoquée à deux reprises dans cette brochure. Le texte original de la première étant essentiellement fondé sur des abréviations (dont un index figure dans l’ouvrage), on fera suivre sa transcription d’une traduction. On notera l’accentuation hésitante du nom du village.
« Congeniès. – 7k S.E. de Sommières. – A. – Pop. Totale : 682 h. pour 201 Msons (2 écarts). ¬– 98 ch. – 6 mul. – 143 v. à 2 r. – 13 v. à 4 r. – 2 b. à c. – 812 mtons. – 6 fours (900 Kos). – 105 puits. – 5 cit. à sec en été. – 2 Fnes. – 4 églises. – 2 auberges. – Mairie. – Remises. – Msons groupées à un étage en pierre et en tuiles. – TE à la gare. – Ston. »
Ce qui, en clair veut dire :
Congénies : 7 kilomètres au sud-est de Sommières. – Agriculture. – Population totale : 682 habitants pour 201 maisons (2 écarts). – 98 chevaux. – 6 mulets . – 143 véhicules à 2 roues. – 13 véhicules à 4 roues. – 2 bêtes à cornes.– 812 moutons. – 6 fours (900 kilos). – 105 puits. – 5 citernes à sec en été. – 2 fontaines. – 4 églises. – 2 auberges. – Mairie. – Remises. – Maisons groupées à un étage en pierre et en tuiles. – Bureau télégraphique à la gare. – Station de chemin de fer.
La deuxième mention du village concerne sa gare qui fait l’objet d’une description technique très précise, comme pour toutes les lignes de chemin de fer du département.
Ston de Congéniès. – Bâtiment pour voyageurs. – Abri. –Abri à marchandises. – Quai découvert de 15 m sur 10 m. – Voie d’évitement 500 m utiles. – Voie de service 230 m utiles ;
P .N. — Chin de Sous-la-Roque.
P. I. de 4m,50. — Chin d’I.C. de Calvisson à Sommières.
P .N. — Chin de Poncel.
(on aura compris que PN signifie "passage à niveau" et PI, "passage inférieur").
06 septembre 2008
Incidents entre le maire et le curé de Congénies au XIXème siècle
En exploitant les archives communales et des informations transmises en 1995 par des anciens du village, Loïc Vannson nous raconte deux incidents qui ont opposé le curé et le maire de Congénies à propos de monuments religieux. Voici le premier de ces récits.
La légende de la croix de Teignon
Durant la terreur blanche en 1815, où les royalistes prennent le pouvoir, le curé de Congénies, l'abbé Taignon, qui n'aimait guère les protestants, vient trouver la maire du village, M. Nourrit, à la tête de quelques uns de s s paroissiens et lui dit :
- "Venez voir ce que les protestants nous ont fait, ils ont enlevé notre croix à l'entrée de Congénies, vers le cimetière (1), et on ne sait où ils l'ont cachée."
Le maire, M. Nourrit, et le curé emmènent un petit groupe de curieux avec eux, se rendent à l'endroit désigné et constatent la disparition de la croix.
Mais le curé s'avance peu après dans une vigne, revient brandissant une croix et crie :
- "Voilà où ils l'ont jetée !"
La maire, qui le connaissait bien, se tourne alors vers le curé et lui dit :
-"C'est toi qui l'a cachée, et tu l'as trouvée trop vite !"
C'est en core M. Nourrit qui dit plus tard à ce même curé :
- "Taignon, hors de ma maison.
- Mais que vous ai-je fait, M. Nourrit ,
- Qu'importe, à la porte !"
(1) Le cimetière était à l'époque à l'emplacement du foyer communal. La croix est celle qui surmontait le calvaire brisé qui se trouve sur le chemin de Calvisson (pohto ci-contre).
Un mystère entoure cette affaire : on parle encore de la légende de "La croix de Teignon" alors que ce prêtre a été curé de Congénies de 1860 à 1872 et qu'en 1815, le curé était Joseph Gleizes. Sans doute y a-t-il eu dans les souvenirs de certains une confusion avec l'incident suivant qui,lui, met indiscutablement en cause l'abbé Taignon.
Un monument à la vierge Marie
A la suite des travaux d'aménagement de l'église, et notamment de la pose de nouveaux vitraux, l'abbé Taignon écrit, le 20 décembre 1869, la lettre suivante au maire de Congénies, L. A. Majolier :
"Monsieur le Maire,
Tout heureux de perpétuer dans ma modeste paroisse le souvenir du Jublié accordé par Sa Sainteté Pie IX à l'occasion du concile du Vatican, j'ai décidé avec mes catholiques, d'élever un petit monument à la Sainte Vierge contre le mur de mon presbytère.
Avant de faire exécuter ce travail, je désire savoir si M. Le Maire ne trouve aucun motif sérieux pour y mettre obstacle.
J'ai l'honneur d'être, M. le Maire, vote humble serviteur.
Taignon, curé
PS : Ce monument ne doit gêner en rien, étant appuyé contre le mur du presbytère, je veux dire contre la fenêtre de ma cuisine.
Après délibération , le conseil municipal répond :
- Vu la lettre de M. le desservant,
- Considérant que des renseignements recueillis, il résulte que la demande dont il s'agit serait personnelle à son auteur, et qu'elle ne répondrait pas aux vœux de la majorité de la population catholique,
- Considérant que l'érection d'un monument pareil en dehors de l'édifice consacré au culte, et dans un pays mixte, peut amener des complications sérieuses, voire des troubles qu'il faut écarter,
- Considérant que dans tous les cas, à raison de l'importance de la question soulevée, il aurait été convenable que la demande fût faite par le Conseil de fabrique,
- Vu la lettre adressée à M. le Maire demandant qu'aucune suite soit donnée à ce projet et signée par plusieurs habitants catholiques de la commune,
Délibère à l'unanimité qu'il y a lieu de rejeter la demande de M. le desservant et qu'aucun monument ne devra être élevé au dehors de l'église, ni dans les terrains et jardins attenant au presbytère.
Le Maire, Louis-Antoine MAJOLIER











