François Pugnière, de la Société d'histoire moderne et contemporaine de Nîmes et du Gard, a trouvé dans la série C des archives départementales de l'Hérault (fonds de l'intendance, plaintes et placets du diocèse de Nîmes, C 6808), la lettre suivante qu'il nous a transmise. Elle a été écrite le 16 avril 1742 par Fournac,de Calvisson, sans doute au commandant en chef de la province. Nous l'avons transcrite en orthographe moderne.
    « J’ai l’honneur de vous informer que dimanche 15ème du courant le curé (1) de la paroisse de Congénies ayant demandé un détachement pour visiter les cabarets à l’heure des offices, je lui ai envoyé un sergent avec 6 hommes qui, faisant la visite dans le temps qu’on disait les Vêpres, y rencontrèrent le maire du lieu, Cong_nies_C_6808_1un consul et plusieurs autres. Le sergent ayant demandé l’hôte, le maire lui dit de passer la porte accompagné de bien des sottises et le consul lui porta plusieurs fois le poing au nez en lui demandant qui lui avait ordonné de faire cette visite. Le sergent ayant fait avancer son détachement fit mettre la baïonnette au bout du fusil et il arrêta le consul pour le mener à Calvisson, sur quoi la populace s’assembla et le sergent fut obligé de se retirer. Le vieux notaire (2) de l’endroit ne négligea rien pour y mettre la paix en blâmant le consul et son gendre le maire qui étaient tous ivres.  Ce notaire pourra vous informer, Monsieur, de la façon que cela s'est passé ; vers les cinq heures du soir le maire et le consul vinrent me parler à Calvisson en présence de M. le juge et par leur raisonnement ils se condamnaient eux-mêmes. Je leur dit qu'ils mériteraient que je les fis mettre en prison et vous les envoyer. Ils me promirent de m'amener le cabaretier et qu'il serait plus sage à l'avenir et je ne les ai plus vus ni le cabaretier. Je ne doute pas qu'ils n'aient été chez monsieur le marquis de Calvisson pour lui demander grâce auprès de vous.J'exécuterai vos ordres sur cela et sur tout le reste qu'il vous plaira me donner.

Je suis avec un très profond respect, Monsieur, votre très humble et très obéissant serviteur.

Fournac

A Calvisson, le 16 avril 1742"

Une autre lettre du même signataire, datée du 18 avril reprend la même formulation jusqu'à "qui étaient tous ivres." Cette deuxième lettre, peut-être adressée à une autre autorité, se poursuit de la façon suivante : "Dégrisés, ils viennent promettre d’être « plus sages à l’avenir » et « on ne les a plus vus au cabaret. » L'affaire avait dû s'apaiser entre ces deux dates.

(1) C'était Gaspard Joseph Darles, curé de Congénies de 1722 à 1757 (Goiffon, Monographies paroissiales, archiprêtré de Nîmes).

(2) Il s'agit sans doute d'Antoine Nourrit, notaire de Calvisson de 1716 à 1757, en résidence à Congénies (Répertoire de la série II E des archives du Gard, par Marcel Gouron, 1951). Les noms du maire et des consuls n'ont pas encore été trouvés