2005_0101diverscong_nies30613 Extrait du cadastre de Congénies .

 

On distingue clairement la forme carrée de l'ancien village remodelé au milieu du 14ème siècle . Ce quartier est communément désigné à Congénies sous le nom de " fort " . Il est délimité au sud par le parvis de l'église et l'avenue de la malle poste dans la partie de l'ancienne place du centre , à l'ouest par la place du jeu de paume , au nord par la place du peyron et la promenade puis à l'est par la rue du fort . Ces espaces qui forment aujourd'hui des places étaient en fait ceux occupés par les douves . Un seul a été urbanisé entre la rues du Fort et la rue des poèmes de la fin du 18ème au début du 19ème siècle . Le cimetière médiéval se trouvait , quant à lui , à l'emplacement de l'actuel foyer communal .

2005_0101photosanciennescong_0978 Tentative de restitution spaciale du " fort " dans son état originel .  ( Document annexe à l'inventaire général du patrimoine de Congénies ; Loïc Vannson; 2008-2009 ) .

 

 

 

Ci dessous quelques photos de  vestiges architecturaux au sein de cet ancien ensemble :

 

2005_0120eaucong_nies20151 Une ancienne porte bouchée surmontée d'un arc à accolade rue des marchands

 

2005_0120eaucong_nies20163 Fenêtre à  croisée de meneaux dans une cour donnant sur la rue des amoureux

 

2005_0120eaucong_nies20166   2005_0120eaucong_nies20167 

Détail des blasons gravés sur cette fenêtre ; le premier aux initales de Jésus Christ , le second à celles de Marie

 

 

2008_0119cahierjaulmes__coles0362 Angle des rues vieille école et des marchands ; une ancienne coquille Saint Jacques

2005_0120eaucong_nies20153 Porte surmontée d'un arc en accolade ; rue vielle école

2005_0120eaucong_nies20157 Fenêtre à  croisée de meneaux récemment restituée sur la même maison

2005_0120eaucong_nies20160 Toujours sur la même maison , fenêtre géminée d'époque gothique

2005_0120eaucong_nies20161   2005_0120eaucong_nies20162 D'étails des sculptures polylobées avec rosettes au sein des deux arcs en ogives

 

 

 

 

 

2005_0120eaucong_nies20255 Côté place du jeu de paume ; récente réhabilitation pour ces fenêtres à simples meneaux et bandeau de façade . Ces constructions marquent la limite de l'habitat médiéval . Une rangée de maisons a été en effet ajoutée sur les côtés ouest et nord dans le courant des 17ème et 18ème siècles lors du démentellement progressif des anciens remparts et le comblement des fossés. Cette délimitation apparaît trés nettement ici

2005_0101divers0526  Même façade

     2005_0101divers0484 Toujours la même maison , détail du meneau restitué

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Pourquoi la construction d'un village fortifié et retour sur les évènements qui jalonnent le 14ème siècle .

 

 

 

Aprés une longue période de prospérité économique qui voit la démographie du royaume s'envoler jusqu'au début du 14ème siècle, les deux tiers de ce siècle  sont marqués par un revirement radical de situation.

Tout d'abord, la population continue d'augmenter alors que la production agricole stagne car il n'y a plus assez de terres à défricher . Le temps des famines arrive ainsi dés les années 1420 , accentué par le début de ce que l'on nonme communément "le petit âge glaciaire" . Des  hivers rigoureux et de étés frais et humides se succèdent entrainant la perte d'une grande partie des récoltes .

Dans de telles conditions , les crises économiques ne peuvent qu'entrainer d'importants troubles sociaux et politiques . Ainsi 1337 voit le début de la fameuse "guerre de Cent Ans" qui oppose les royaumes de France et d'Angleterre . A cet effet , de nombreux soldats et mercenaires sont engagés dans les hostilités . Durant les périodes de "répis" , ces "routiers" ( comprendre ce terme dans le sens où ses hommes étaient sans cesse en déplacements ) , souvent accompagnés  de brigands de grands chemins en tous genres , doivent trouver des moyens de subsistance . Dans notre région , en Bas Languedoc , des premiers troubles sont mentionnés autour de Pont Saint Esprit . Pillages et mises à sac  des communautés ou villages sont au programme ; la terreur règne . Ces hommes menaceront même , un temps , de marcher sur Avignon alors siège de la nouvelle papauté ...

Face à de telles conditions d'insécurité permanente , les demandes de fortifications de villages se multiplient afin de se protéger des barbares . C'est exactement celà qui motive les communautés de Saint André et de Congénies à rédiger une charte en ce sens en 1366 ( ce précieux document est conservé aux archives départementales du Gard ) . Les remparts ou fortifications et douves sont réalisés en 1367 par les habitants eux mêmes . Le petit groupe d'habitations de "la portalalade-Saint André" parait avoir été , pendant un temps, abandonné ; ses occupants préférant trouver refuge au sein du "fort" .

Les bases du "nouveau Congénies" paraissent avoir été totalement remaniées au cours de cette opération urbanistisque : rationnalisation de l'habitat en forme de carré avec croisée centrale des rues ( il semble que l'on se soit inspiré , certes de façon plus modeste , des modèles  urbanistiques mis en place depuis un siècle comme à Aigues-Mortes ou encore le quartier bas de Sommières avec ses rues en damier ...)

L'ancienne église , alors de style roman , est intégrée à ce système défensif ( son chevet porte d'ailleurs les traces d'un important arrachement qui pourait correspondre à l'ancrage de l'ancien rempart ... ). Il pourait en être de même au sujet de l'ancien cimetière médiéval pour lequel il est mentionné la construction d'un "portal" ( comprendre portail fortifié ). Peut être  les habitants pouvaient ils également trouver refuge au sein de ce cimetière ceint de murs ... ( des exemples de ce type  sont connus dans plusieurs villages sur le Larzac ) .

2005_0101diverscong_nies30675 Chevet de l'église , traces supposées de l'ancrage du rempart ....

 

Sur le front de la "guerre de Cent Ans" , les choses sont loin de s'améliorer pour la France ... La chevalerie française essuye deux cuisantes défaites à Crécy puis à Poitiers . A cette occasion , le roi de France , Jean II le Bon, est fait prisonnier . Le dauphin Charles est contraint de signer le Traité de Brétigny  en 1360 qui concède un tiers du royaume aux anglais et prévoit le paiement d'une rançon faramineuse de 3 millions d'écus d'or pour la libération du roi , soit l'équivalent de deux années de recettes royales !

Des corps et des esprits affaiblis , une situation politique , économique et sociale catastrophique ; il n'en fallait pas moins pour qu'un ultime fléau s'invite dans ce siècle noir : la peste . Elle fait son apparition dés 1348 et provoque une véritable hécatombe démographique . On estime , en moyenne , à un tiers le nombre  d'individus emportés par la mort avec , en certains endroits, des taux largement supérieurs . La peste qui fera d'ailleurs de nombreux retours notamment de 1361 à 1363 ou encore entre 1418 et 1419 . Les portes des villes et villages sont alors fermées , les malades souvent rejetés et mis en quarantaine ...

 

 

 

Si , au cours de travaux au sein des maisons de ce quartier  , vous mettez à jour des restes d'éléments architecturaux  qui peuvent vous paraitre annondins  , merci de me contacter au 04 66 80 71 87 pour la prise éventuelle de clichés  ; la compréhension de l'évolution et de la structure du " fort " peut en être considérablement améliorée ...

 

 

 

  Loïc Vannson