En exploitant les archives communales et des informations transmises en 1995 par des anciens du village, Loïc Vannson nous raconte deux incidents qui ont opposé le curé et le maire de Congénies à propos de monuments religieux. Voici le premier de ces récits.

La légende de la croix de Teignon

   Durant la terreur blanche en 1815, où les royalistes prennent le pouvoir, le curé de Congénies, l'abbé Taignon, qui n'aimait guère les protestants, vient trouver la maire du village, M. Nourrit, à la tête de quelques uns de s s paroissiens et lui dit :
- "Venez voir ce que les protestants nous ont fait, ils ont enlevé notre croix à l'entrée de Congénies, vers le cime
tière (1), et on ne sait où ils l'ont cachée."
   Le maire, M. Nourrit, et le curé emmènent un petit groupe de curieux avec eux, se rendent à l'endroit désigné et constatent la disparition de la croix.
   Mais le curé s'avance peu après dans une vigne, revient brandissant une croix et crie :
- "Voilà où ils l'ont jetée !"
La maire, qui le connaissait bien, se tourne alors vers le curé et lui dit :
-"C'est toi qui l'a cachée, et tu l'as trouvée trop vite !"
C'est en core M. Nourrit qui dit plus tard à ce même curé :
- "Taignon, hors de ma maison.
- Mais que vous ai-je fait, M. Nourrit ,
- Qu'importe, à la porte !"
PICT0002
(1) Le cimetière était à l'époque à l'emplacement du foyer communal. La croix est celle qui surmontait le calvaire brisé qui se trouve sur le chemin de Calvisson (pohto ci-contre).

   Un mystère entoure cette affaire : on parle encore de la légende de  "La croix de Teignon" alors que ce prêtre a été curé de Congénies de 1860 à 1872 et qu'en 1815, le curé était Joseph Gleizes. Sans doute y a-t-il eu dans les souvenirs de certains une confusion avec l'incident suivant qui,lui, met indiscutablement en cause l'abbé Taignon.

Un monument à la vierge Marie

   A la suite des travaux d'aménagement de l'église, et notamment de la pose de nouveaux vitraux, l'abbé Taignon écrit, le 20 décembre 1869, la lettre suivante au maire de Congénies, L. A. Majolier :
   "Monsieur le Maire,
   Tout heureux de perpétuer dans ma modeste paroisse le souvenir du Jublié accordé par Sa Sainteté Pie IX à l'occasion du concile du Vatican, j'ai décidé avec mes catholiques, d'élever un petit monument à la Sainte Vierge contre le mur de mon presbytère.
   Avant de faire exécuter ce travail, je désire savoir si M. Le Maire ne trouve aucun motif sérieux pour y mettre obstacle.
   J'ai l'honneur d'être, M. le Maire, vote humble serviteur.
   Taignon, curé
PS : Ce monument ne doit gêner en rien, étant appuyé contre le mur du presbytère, je veux dire contre la fenêtre de ma cuisine.

Après délibération , le conseil municipal répond :
- Vu la lettre de M. le desservant,
- Considérant que des renseignements recueillis, il résulte que la demande dont il s'agit serait personnelle à son auteur, et qu'elle ne répondrait pas aux vœux de la majorité de la population catholique,
- Considérant que l'érection d'un monument pareil en dehors de l'édifice consacré au culte, et dans un pays mixte, peut amener des complications sérieuses, voire des troubles qu'il faut écarter,
- Considérant que dans tous les cas, à raison de l'importance de la question soulevée, il aurait été convenable que la demande fût faite par le Conseil de fabrique,
- Vu la lettre adressée à M. le Maire demandant qu'aucune suite soit donnée à ce projet et signée par plusieurs habitants catholiques de la commune,
Délibère à l'unanimité qu'il y a lieu de rejeter la demande de M. le desservant et qu'aucun monument ne devra être élevé au dehors de l'église, ni dans les terrains et jardins attenant au presbytère.
               Le Maire, Louis-Antoine MAJOLIER