La mairie-école de Congénies a été inaugurée le mardi 5 mars 1867. Un témoin anonyme  était présent et a fait le récit de cette journée mémorable pour le journal "Le Courrier du Gard". Un article daté du 7 mars de la même année retrouvé par Loïc Vannson dans les archives de Carré d'art à nîmes .   Nous reproduisons ce texte ci-dessous. Etant donné son ton général, il aurait pu figurer aussi bien dans la rubrique « Ecrits sur Congénies » que dans celle « Histoire de Congénies » que nous avons finalement retenue

 

                                                                                           
                                                                                                         Congénies, 5 mars 1867 ,

   Permettez à un étranger que le hasard a fait assister à une fête d’inauguration à Congénies de s’adresser à votre journal pour rendre un public témoignage à l’excellent esprit qui règne dans cette commune. Je suis encore sous l’impression de tant de concorde, tant d’intelligent patriotisme, tant de respect pour l’ordre, même au milieu des entraînements d’une réjouissance publique.

   Il s’agissait d’inaugurer la nouvelle mairie que vient d’ériger notre éminent compatriote, M. Henri Revoil, architecte du gouvernement. Je me hâte de vous dire qu’il était impossible de tirer meilleur parti de la somme relativement modeste consacrée par la commune à ce monument. L’œuvre de M. Revoil réunit tous les caractères de l’élégance, du confortable et de la parfaite appropriation à la destination de l’édifice.
Les matériaux de la façade sont la brique et la pierre de Mus dont le ton vert pâle marie agréablement sa finesse à la teinte chaude de la première. Je suis même étonné, soit dit en passant, que cette pierre de Mus ne soit pas d’un usage plus fréquent dans votre ville. M. Revoil vient de révéler tous les charmants effets qu’on peut en attendre. J’ajouterai qu’elle rachète par la dureté qu’elle prend à l’air la grossièreté de son grain.

   L’aménagement intérieur de la mairie ne laisse rien à désirer : au rez-de-chaussée, deux ailes sont destinées l’une à l’école des filles, l’autre à celle des garçons. Les salles réservées à cette importante destination sont spacieuses, parfaitement aérées et éclairées. Au dessus de chacune d’elles se trouve le logement de l’instituteur et de l’institutrice. Deux cours et un jardin complètent l’installation de ces écoles que l’on peut appeler des écoles modèles.
   Le corps de logis principal renferme les services municipaux, et un élégant salon au premier étage, éclairé par trois fenêtres monumentales donnant sur un balcon, est consacré aux réunions du conseil municipal.

   A une heure de l’après-midi, les fonctionnaires municipaux, M. le maire en tête, accompagnés de leurs invités, au nombre desquels nous avons remarqué M. le pasteur Fermaud, membre du conseil départemental de l’instruction publique ; M. Lavalette, sous-chef de la division des travaux publics du département, et M. le pasteur Marquier sont sortis de la maison de M. l’adjoint Farel qui leur avait offert le matin, la plus splendide et la plus cordiale hospitalité.
   Un corps de musique, dont les principaux éléments avaient été fournis, à ce que je crois, par le chef-lieu, précédait le cortège.
   Arrivé dans la salle des délibérations, M. le maire a procédé à la prise de possession de la mairie, et il a hautement exprimé la reconnaissance que doit la commune à M. Le préfet du Gard, qui a contribué de tant de façons au succès de cette utile entreprise.

   L’esprit de cette cérémonie a été ensuite développé avec autant d’élégance que d’effusion de cœur par M. le pasteur Fermaud. Après avoir félicité ses concitoyens de la concorde vraiment chrétienne qui règne parmi eux M. le pasteur Marquier les a exhortés à persévérer dans cette excellente voie.

   La fin de la cérémonie officielle a été le signal de réjouissances impatiemment attendues et pour lesquelles les bons habitants de Congénies avaient, depuis une semaine, multiplié les préparatifs. Les danses ont commencé dans une des futures salles d’école ; deux montgolfières se sont élevées dans les airs, parties de la plate-forme sur laquelle s’élève la nouvelle mairie.

   A la fin du jour, un banquet de plus de cent couverts réunissait l’élite de la population dans une des salles de la mairie. Il était présidé par M. le maire entouré de ses invités. Un ordre parfait, une convenance au dessus de tout éloge, et n’en a pas exclu la gaîté la plus franche, ont présidé à ce repas de famille. Au dessert, quand le champagne a commencé à pétiller, M. le maire a porté un toast à l’Empereur, à l’Impératrice, au Prince impérial.

   Ce toast a été suivi de bien d’autres dont je regrette de ne pouvoir citer, même par à peu près, le texte qui donnait une idée de la tournure originale de la plupart d’entre eux. On a bu à la santé de M. Boffinton, préfet du Gard, de M. le maire de Congénies, de M. l’adjoint Farel, de la municipalité, des dames de Congénies, etc.
   Les danses ont repris de plus belle après le banquet. La salle de bal a pourtant été désertée au moment où une superbe marche aux flambeaux a développé dans les rues du village ses méandres lumineux. Un feu d’artifice qui aurait fait honneur à une ville a couronné la fête officielle. Mais bien longtemps, dans la nuit, se sont prolongés les jeux et les danses.

   Je le répète avec autant de plaisir que d’admiration : pendant cette longue et bruyante journée de plaisir, il n’ya eu lieu de signaler un seul instant de désordre. C’est le plus bel éloge de la population ; c’est le plus bel éloge de son jeune et excellent maire, M. Louis Majolier ; de sa municipalité, composée d’hommes intègres et intelligents, qui se considèrent comme les pères de la famille communale.
   Nous faisons des vœux pour que Congénies conserve longtemps ces administrateurs ; cette intéressante commune mérite hautement le calme et la prospérité que ces hommes honorables sauront faire régner dans ce petit coin béni de la haute Vaunage.

 

Recherches Loic Vannson