Hippolyte Roux-Ferrand est un personnage peu connu en dépit d’une production littéraire non négligeable parmi laquelle on peut citer une histoire de Pologne et « Une histoire des progrès de la civilisation en Europe » couronnée par une médaille d’or décernée par l’empereur de Russie. Né à Nîmes en 1798, mort en 1887, il fut professeur avant d’être conseiller municipal de Nîmes, sous-préfet du Vigan en 1839 et sous-préfet d’Issoudun de 1848 à 1852. Il était membre de l’Académie de Nîmes où il a fait plusieurs communications. Il est aussi l’auteur d’une « Biographie des hommes célèbres du Gard ». (1)
   S’il nous intéresse ici, c’est en raison de son ouvrage paru en 1835 « Quelques souvenirs d'une promenadeSans_titre_0 en Suisse, en Savoie et dans le midi de la France » où il parle en particulier d’Aigues-Mortes et des Basses-Cévennes, livre qui annonce celui qui nous concerne plus directement, ses « Lettres sur le Gard » publiées en 1837 et dans lesquelles il parle de Congénies dans les termes suivants :

   « Après ce que je t’écrivais hier, tu apprécieras bien plus encore le bourg intéressant qui a fait dire à l’un de nos plus judicieux agronomes : « L’industrie des habitants de Congénies, adoptée partout où elle pourrait l’être, influerait puissamment sur la fortune publique ; rien ne peut être plus utile à notre prospérité que l’exemple de leur agriculture, si ce n’est pourtant celui de leur tolérance.C’est dans ce bourg, à trois lieues de Nismes, sous le même soleil, que toutes les opinions, tous les cultes, toutes les formes diverses d’adorer la divinité, semblent s’être donné un pacifique rendez-vous. L’église, le temple, la maison des quakers s’y touchent presque, et n’ont pas encore frémi d’un pareil voisinage. Heureux le village où l’honnête homme, quelle que soit sa couleur, peut venir à la table hospitalière de l’adjoint catholique, trinquer une bonne amitié avec le maire protestant, le greffier quaker, le ministre de l’église réformée et un missionnaire méthodiste ! Ami des champs, je recommande l’agriculture de Congénies, vrai moyen de fortune, source de richesse honorable, ami des hommes, je prêche sa tolérance, vrai moyen de repos, de tranquillité publique, sans laquelle aucun bonheur n’est possible. Assez de maux inévitables ne viennent-ils pas nous assaillir dans notre court passage ; faut-il encore que l’homme en démence ajoute des malheurs aux malheurs qui l’accablent ? Les fléaux physiques, les calamités de la nature ont rendu l’état de société nécessaire ; faudrait-il donc reconnaître que la société a augmenté encore les malheurs de la nature, et que les hommes en se réunissant n’ont fait qu’aggraver leur misère ?
   Faisons une trêve à nos sentiments haineux, à nos inimitiés sans cesse renaissantes, ne fût-ce que pour essayer si les douceurs d’un commerce affectueux ne valent pas mieux pour alléger les peines de la vie, que les rugissements de la haine ou les fureurs de la vengeance. »

   Notre auteur reprend en fait, sans y apporter de vraie réflexion personnelle, un texte du magistrat et agronome Labaume, à savoir une partie de son mémoire « De l’agriculture de Congénies », dont nous aurons l’occasion de reparler. Mais si l’on se réfère à ce qu’il « écrivait hier », on constate chez Roux-Ferrand un jugement un peu réservé sur la Vaunage « riche de fruits, mais pauvre de sites », où il n’y a « rien qui vienne rafraîchir la vue », région dans laquelle, à la suite des guerres de religion, « les haines se sont transmises de génération en génération… et où les plaies toujours saignantes n’ont jamais eu le temps de se cicatriser.» Par contraste, Congénies lui apparaît comme un véritable havre où règnent la paix et la tolérance, qualités que le chanoine Goiffon reconnaît indirectement lorsqu’il écrit que Congénies « est certainement la terre classique du libre examen…. »
(1) Renseignements trouvés sur Internet.