Le chanoine Goiffon était l'archiviste du diocèse de Nîmes à la fin du XIXème siècle. Il a étudié minutieusement l'histoire de toutes les paroisses catholiques du Gard dans de nombreuses monographies et dans des livres regroupant ses recherches d'abord au niveau du diocèse puis par archiprêtrés. Ses travaux constituent un instrument de recherche inestimable, même si certains points méritent parfois d'être vérifiés.Sans_titre_0Congénies est évidemment citée dans ces divers ouvrages.
   Dans son Dictionnaire topographique, statistique et historique du diocèse de Nîmes (1881), Congénies a droit à une page (p. 102) qui résume très brièvement l'histoire de la paroisse et dans laquelle est rappelée l'existence de deux églises jusqu'au XIIème siècle. En ce qui concerne la situation de notre village au moment de la rédaction de l'article, Goiffon écrit :
   "Congéniès, quoique sa population protestante ne soit pas fort nombreuse, est certainement la terre classique du libre examen. Il serait difficile de rencontrer ailleurs plus de sectes différentes. C'est dans ce village que les Quakers s'établirent d'abord ; ils y vinrent en 1788".
   Outre le fait que l'auteur utilise la graphie Congéniès, on notera que selon des chiffres datant de 1876 il y avait alors à Congénies 612 protestants et 162 catholiques, ce qui tempère quelque peu les observations de notre chanoine sur l'appartenance religieuse de la population de la commune.
   

   Dans ses Monographies paroissiales, paroisses de l'archiprêtré de Nîmes (1898), Goiffon consacre six pages et demie  (pp. 309 à 316) à notre village dans lequel il considère que vivent environ 200 catholiques et 600 protestants alors que le rencensement de 1896 donne le chiffre de 703 habitants.
  L'auteur entame son propos en évoquant une étymologie du nom du village contestée de nos jours et notamment par M. Cao au cours de sa conférence du 22 janvier 2008. L'origine serait un fait historique, dont Goiffon admet que ce n'est qu'une tradition, selon lequel les habitants chassés du quartier Saint-André par "l'incendie et les Sarrasins se seraient réfugiés ... auprès du fort et s'y construisirent des habitations communiquant toutes entr'elles, comme cela s'est encore conservé de nos jours dans le quartier primitif. Ces constructions ayant ainsi formé une nouvelle agglomération (Congeries), le nouveau centre par corruption de ce mot aurait été appelé du nom qu'il porte aujourd'hui".
   
Plus intéressante est la minutieuse histoire de Congénies des origines à l'année 1891 et notamment la liste de ses curés. Il n'est pas question de reproduire ce long texte intégralement ici. On citera seulement le passage suivant :Sans_titre_0
   " Son administration (celle du curé Coste de 1765 à 1791) fut témoin d'une transformation remarquable du protestantisme à Congéniès ; vers 1788, arrivèrent dans ce village sept quakers, venus d'Amérique et d'Angleterre, quatre hommes et trois femmes ; ils y firent un séjour de plusieurs semaines, répandant quelques livres de morale et de piété rédigés sur de nouveaux principes. La nouveauté fut acceptée aussitôt ; on s'en aperçut bien vite au changement des costumes ; les hommes se vêtirent de couleur sombre, les femmes de violet, renonçant aux parures et aux dentelles ; le tutoiement fut de rigueur entre les adeptes de la nouvelle doctrine. En vertu de leurs principes, les affiliés refusèrent de prendre les armes au commencement de la Révolution, mais cependant leurs maximes de morale ne furent pas tellement sévères qu'elles les empêchassent tous de prendre part à la dévastation des églises. C'est surtout depuis cette époque que Congéniès semble être devenue la terre classique du libre examen ; ils serait difficile de rencontrer ailleurs plus de sectes différentes que dans ce petit village".
 
Il est permis de penser que ces lignes doivent davantage à la polémique qu'à la rigueur historique !