L'histoire de Congénies est particulièrement ancienne ;

   Dés la période préhistorique, au Néolithique, période du Chasséen ,  un petit groupe d'agriculteurs sédentarisés s'installe à proximité de l'antique source de la "Font-Vieille"  au pied du Puech de la Fontaine côtés  sud et sud ouest aux alentours de 4500 à 3500 av J.C. ( 4500 - 3500 BC ) Le monument le plus emblématique de ces périodes reculées est sans nul doute le menhir de  " la Peyra Plantada " , à proximité de la limite de la commune d'Aubais, dont la datation pourait être située , au moins, vers 2500 av J.C. Ce mégalithe a pu être érigé par une communautée installée non loin de là dans le quartier cadastral de Maupas ( à rattacher au " groupe de Ferrières " , dans l'hérault, à l'origine du mégalithisme en Languedoc ... ). Toujours à "l'âge du cuivre " , non loin de l'ancienne gare , dans la plaine , chemin du pesquier, on a retrouvé des restes d'habitats dont les soubassements étaient consitutués de pierre sèche . A l'origine ces habitations ou huttes  possédaient une couverture constituée de branchages , végéteaux divers , peut être des peaux , le tout maintenu par des poteaux de bois . Cet ensemble était entouré de fossés . Un peu plus tard, on retouve les traces d 'une occupation à l' "âge du bronze" ( aux alentours de 2000 av J.C ) , notamment un ancien village à la pointe sud de la commune aux "Garrigues Basses" à rattacher à la "culture fontbuxienne  " ( du site éponyme de Fonbouisse entre Villevieille et Souvignargues )  par le décor caractéristique des poteries retrouvées in situ . Une petite parenthèse pour signaler que l' "âge du Fer" ( à partir de 800 av J.C. )  n'est autre que la période gauloise représentée chez nous par les Volques Arécomiques qui subissent , dés le 5ème siècle avant notre ère , l'influence des comptoirs hellenistiques ( Marseille , Arles ou Agde notamment ) puis au 2ème siècle av J.C. l'installation pacifique de la culture romaine .  ( remerciements à Jean Marc Roger pour les indications fournies ) .

P1100176 Des temps les plus reculés, nous est parvenue cette très petite statuette anthropomorphe à représentation féminine de la l'habitat de bas de pente Chasséen du Puech de la Fontaine; non loin de l'antique source de la Font Vieille . ( 4200 à 3500 Av JC )

   De la période gallo-romaine justement ( 1er siècle avant , 5ème siècle aprés J.C ) , de nombreux vestiges de petites exploitations agricoles ( environ un dizaine ) , des tombes et un important mobilier archéologique ont été retrouvés . les habitations étaient , le  plus souvent , etablies sur les bas de pentes des collines . Cependant , à ce jour , contrairement à d'autres communes de la Vaunage , pas de traces d'une "villa" ,( grosse exploitation agricole) .  Notons enfin que l'on peut suivre, sur l'intégralité de la commune, le tracé de l'antique Via Luteva ( Nîme à Lodève ). Cette dernière arrivant de Nîmes via Nages se poursuivait en direction de Sommières ( qui n'existait pas encore ) pour traverser le fameux pont romain "Tibère" enjambant, à l'origine, sur 190 mètres, le fleuve Vidourle . On notera d'ailleurs que le tracé , aujourd'hui chemin pierreux de garrigue , compris entre l'actuelle bassin de rétention des eaux à la sortie ouest de "Nîmes-Canteperdrix" , passant par les collines en rejoignant les "baraques de Langlade" ( au sommet de ce village ) puis Nages fut utilisé jusqu'en 1840 , date de création de l'actuel CD 40 passant désormait par Caveirac .

   Congénies est mentionné pour la première fois en 926 sous le terme de "Villa Congenias" . Des temps les plus reculés du moyen âge, plusieurs témoins nous sont parvenus telle l'ancienne église romane de St André . Située à l'extérieur du village , au couchant . ( Son quartier d'attache était , à priori , l'actuel quartier de la Portalade ) Un chemin y conduisant et surtout l'actuel mas St André perpétuent la mémoire de ce lieu . Signalons d'ailleurs que ce mas est en grande partie construit sur les fondations de l'ancienne église et que certains de ces murs ne sont autres que ceux de l'édifice disparu . De plus , des tombes présumées d'époque paléochrétienne ( 4ème-8ème siècle ) ont été retrouvées à proximité de l'antique église , pouvant indiquer que cette église a pu être la première du village de Congénies alors naissant et même être à son origine ... . En outre , on retrouve de nombreuses références à cette paroisse disparue dans les éléments de décor de l'actuelle église Notre Dame : peintures murales du choeur , statue , vitraux , rose ouest , etc ...

   En ce qui concerne l'église Notre Dame, les textes les plus anciens que nous connaisons à ce jour remontent au milieu du 12ème siècle en 1156 ( tout comme l'église St André ) , en tant que possession du Châpitre de Nîmes . Cet  édifice , d'abord de style roman , est intégré à un système urbanistique défensif entouré de remparts et fossés connu sous le nom de  "Fort" en 1367 . De nombreux éléments architecturaux des 14ème au 18ème siècle existent encore au sein des habitations de ce quartier .

   Trés tôt , la Réforme protestante se manifeste en Vaunage ( à partir des années 1560 ) . Congénies construit d'ailleurs son premier temple sur la place du Peyron à la fin du 16ème ou au début du 17ème siècle . L'adoption de l'Edit de Nantes par Henri IV en 1598 , marque , pour un temps , un certain retour au calme aprés les terribles guerres de religions qui ont vu le saccage , à plusieurs reprises , de l'eglise Notre Dame . La cohabitation va néanmoins rester tendue et ira crescendo tout au long du 17ème siècle ( "guerres de Rohan " puis "Paix d'Alais" ) dans un village ayant majoritairement embrassé la "nouvelle religion" . Cette situation de plus en plus explosive aboutit à la révocation pure et simple de l'Edit de Nantes par Louis XIV à l'automne 1685 ( Edit de Fontainebleau ) n'autorisant plus que la religion catholique à travers l'ensemble du royaume de France . Les villageois sont contraints , comme ailleurs , de démolir leur temple . Cet événement inaugure , pour les huguenots , la difficile période appelée "Le Désert" ( les prêches devant être effectués en toute clandestinité , le plus souvent à l'extérieur ) .

   L'église de Congénies , pourtant récemment restaurée en 1670, subit un profond remaniement à partir de 1686 . Cette dernière est agrandie de deux travées vers l'ouest " dans le style déjà existant " ( à voutement sur croisée d'ogive gothique ) nous précise l'architectecte diocésain Gabriel Dardaillon en charge de ces importants travaux , sur les plans de l'architecte carcassonnais Guillaume Cailhau , qui visent à accueillir les nouveaux convertis ( de force ) à la religion catholique . Au cours de ce vaste chantier , l'intégralité des murs de la nef est décoré de fresques alliant styles classique et baroque alors en vogue . Enfin , l'encadrement en pierre de la porte de l'ancien temple est remonté sur la nouvelle façade ...

   En décembre 1703 , lors de la révolte des Camisards ( "milices" huguenotes ) contre le pouvoir royal , Jean Cavalier , à la tête d'une de ces troupes , célèbre   sa victoire sur les Dragons ( soldats ) du roi à la "Roque d'Aubais" en infligeant d'ultimes dégradations à l'église . La guerre des Camisards s'achèvera en 1704 et les persécutions continueront jusque dans la seconde moitié  du 18ème siècle . Pour exemple , Paul Rabaut , jeune pasteur au "Désert" , de passage à Congénies en 1735 , ne devra son salut que par le fait d'avoir été prévenu par les villageois de l'arrivée des Dragons de Calvisson et trouvera refuge , pour une nuit , dans une cabane ( capitelle ) de la Combe de Biol ( nous sommes en pleine période des  fameuses dragonnades visant à pourchasser et capturer les protestants ) . Les choses s'apaisent à partir des années 1770-75 mais il faut attendre officiellement  1787 pour que soit adopté enfin "l'Edit de Tolérance" par Louis XVI .

   Parallèlement , les cultures s'étendent à l'ensemble du territoire communal , notamment dans les garrigues . Des parcelles sont défrichées , épierrées au prix de longs efforts sur plusieurs générations à partir de la seconde moitié du 17ème siècle ... Murailles , clapas et cabanes de pierre sèche font leur apparition ; la plupart des 110 capitelles recensées sur Congénies remontent aux 18ème et 19ème siècles . Le village possède même un moulin à  vent édifié à la fin du 17ème ou au tout début du 18ème siècle au sommet du puech de la Fontaine afin de moudre le grain des céréales pour la farine .

   L'année 1759 est marquée par le dernier aménagement architectural extérieur de l'église Notre Dame . On procède à l'édification d'une tour-clocher , sorte de beffroi comportant l'horloge communale , accolée à la façade nord-ouest de l'église . Ce clocher est surmonté d'un campanile en fer forgé riveté abritant une cloche de la même année parrainée par le seigneur Anne Joseph de Louet de Nogaret , marquis de Calvisson et qui résidait, à l'époque, au sein du trés beau  château de Marsillargues . Cette cloche , outre le fait d'avoir été réalisée par un maître fondeur de renom   , Jean Poutingon , a , notamment , pour particularité , de posséder un splendide lézard moulé au naturel .

   Durant la période révolutionnaire l'église devient quelque peu un bâtiment public , sorte de " Temple de la Raison " , servant notamment aux cérémonies civiles . Elle sera vidée de son mobilier . Mais elle rapidement confiée aux protestants , largement majoritaires dans la  commune et qui ne possède toujours  pas de lieu de culte depuis 1685 . L'église Notre Dame est cependant rapidement  au culte catholique dés 1800 . D'autres villages de la Vaunage n'auront pas " cette chance" , c'est la cas pour Langlade , St Dionisy , Nages et Solorgues ou encore Boissières dont les anciennes églises seront attribuées de manière définitive au culte protestant . Signalons que le temple actuel de Congénies , d'un style trés sobre néo classique , est le premier à être reconstruit en Vaunage de 1817 à 1818 .

   La seconde moitié du 18ème et le 19ème siècle sont marqués par une grande ferveur religieuse dans notre village . En effet , au milieu du 18ème siècle une communauté discidente du protestantisme se développe et finira par être officiellement rattachée , via des relations extérieures , au mouvement quaker en mai 1788 . Leur maison d'assemblée , située sur la route de Nîmes , est édifiée en 1822 grâce au leg d'un " ami " américain . Un cimetière à l'anglaise est également aménagé à l'arrière de la maison entre 1830 et 1890 . Cet ensemble , tout à fait exceptionnel par sa valeur historique et culturelle , est le plus ancien à avoir été établit sur le continent européen ; Royaume Uni mis à part .

   A partir des années 1820 , notre région est concernée par l'implantation d'un nouveau mouvement venu d'Angleterre , il s'agit de ce que l'on a coutume d'appeler " le Réveil Méthodiste " . Congénies , une nouvelle fois , n'est pas en reste et les prêches du prédicant Charles Cook trouvent un échos favorable du haut de l'ancienne chaire du temple entre 1827 et 1830 . Les méthodistes de Congénies devront cependant attendre 1869-70 pour ériger une grande chapelle digne de ce nom dans un parc bordant l'avenue de la Fontaine , aujourd'hui malheureusement disparue .

 

   A ce propos , citons M.G. de la Beaume dans son " Mémoire sur l'agriculture du Gard " paru en 1832 lorsqu'il évoque Congénies qui possédait alors un peu plus de 1000 habitants : " Heureux le village où l'honnête homme , quelle que soit sa couleur , il peut venir à la table hospitalière de l'adjoint catholique, trinquer de bonne amitié avec le maire protestant, le greffier quaker, le ministre de l'Eglise Réformée et un missionnaire méthodiste ..."

 

   La lecture ( notamment de la Bible ) et l'instruction ayant toujours été au centre des préoccupations des congénois , ils se sont , au fil des décennies , dotés de plusieurs écoles de confessions différentes. Soucieux de valoriser cette culture partagée, ils ont mis beaucoup d'eux même dans la construction de 1866 à 1867 d'une nouvelle maison communale, bien en avance sur son temps, regroupant la mairie et les écoles. Quelle prouesse pour ce modeste village sous le Second Empire d'avoir fait appel , pour celà , au grand architecte Henri Antoine Révoil chargé par l' Etat , durant la seconde moitié du 19ème siècle , de la restauration de nombreux monuments historiques dans le sud-est de la France . Il édifiera également de nombreuses églises et des temples du Gard aux Bouches du Rhône en passant par le Vaucluse . Il aussi   les travaux de la nouvelle "cathédrale de la Major" à Marseille tout comme les décors de Notre Dame de la Garde .

   A la fin du 19ème et au début du 20ème siècle , notre village entre pleinement dans " l'ère de la modernité ". La voie ferrée Nîmes-Sommières est officiellement mise en service le 30 octobre 1882 ; une gare est naturellement édifiée à Congénies . Un bureau des postes et télégraphes est aménagé en 1892. Les nombreux travaux d'adduction d'eau se succèdent au cours de cette période . En 1868 , l'eau de l'antique source de Fontvieille , où été aménagés les premiers lavoirs de Congénies depuis le début du 19ème siècle , est canalisée en direction du centre du village où l'on installe la " Fontaine de la Bourse " ; borne en fonte de fer ouvragé surmontée d'une élégante tonnelle. Entre 1912 et 1913, afin répondre à des besoins toujours plus croissants ; de nouvelles conduites sont posées à travers tout le village pour  apporter l'eau dans les quartiers au moyen d'une dizaine de petites bornes fontaines toujours alimentées par la "Font-vieille" totalement réaménagée à cette occasion . Une usine élévatoire des eaux surmontée d'une éolienne de grandes dimensions ( 25 mètres de haut )  y sont édifiées afin d'acheminer l'eau dans un réservoir situé 20 mètres au dessus sur " le pic ". Dans la foulée de nouveaux lavoirs modernes sont aménagés une centaine de mètres en aval des anciens qui sont alors comblés . Un poids public , dit "la bascule" est construit en 1912 . La "fée électricité" fait sont apparition en 1909 et l'eau courante arrive dans les maisons en 1938-39 grâce au captage de Bernis dû à la volonté des élus de l'époque de créer un syndicat des eaux de la Vaunage tres pertinent pour l'époque . Cette réalisation marque la fin de l'exploitation de la source de Fontvieille .  Pour une meilleure efficacité , les propriétaires vignerons de Congénies se fédèrent en coopérative et inaugurent leur cave en 1932 à proximité de la gare . Le village se dote également d'un foyer communal et de bains douches en 1938 . En 1967 , le tout à l'égout est installé et une première station d'épuration aménagée . En 1975 , c'est le nouvel hôtel des postes qui est inauguré . 1977 voit de profondes transformations sur le puech de Ninarde: construction d'un nouveau reservoir d'eau à son sommet , aménagement de l'actuelle terrain de football , construction du premier lotissement du village à la "Combe de Tourel " . Entre 1988 et 1989 , c'est l'opération de lifting de la place du jeu de paume ; en mars 1989 est planté l'olivier de la Liberté sur l'esplanade de l'église à l'occasion des commémorations du bicentenaire de la Révolution . Entre 1994 et 1997 , la mairie déménage progessivement dans la maison surplombant la "Fontaine de la Bourse" ; dans la foulée , une nouvelle bibliothèque est inaugurée en 1997 au sein du bâtiment . En ce début de 21ème siècle , les sports ont à l'honneur . Tout d'abord , entre 2004 et 2006 , la voie verte " Caveirac - Sommières " est aménagée sur l'emprise de l'ancienne voie ferrée et une halle de sport est inaugurée en 2006 au sein du complexe sportif de Ninarde .

   Cette petite histoire , loin d'être exhaustive , vous permet de découvrir la diversité et la richesse de l'histoire et des patrimoines qui composent notre commune. Soucieuse d'entretenir cette mémoire , l'association pour la conservation du patrimoine de Congénies vous invite à participer à ce vaste projet . Rappelons que la sauvegarde du patrimoine est l'affaire de chacun d'entre nous au quotidien .

Loïc Vannson

 

2009_0905GarriguesBassessuite0206 Vue générale de Congénies depuis les lacets de la "côte d'Aubais" .