28 octobre 2008
Congénies vue par un Quaker américain en 1797
Il n'est pas besoin de souligner la place qu'ont tenue les Quakers dans l'histoire de Congénies. Deux
ouvrages anciens - et parfois un peu dépassés comme l'a montré le colloque organisé par la communauté quaker les 18 et 19 octobre 2008 - sont là pour en témoigner. Il s'agit de la thès
e du pasteur Edmond Jaulmes "Les Quakers français, étude historique" (1898) et du livre d'Henry van Etten "Chronique de la vie quaker française" (deux éditions en 1938 et 1947). Les références à notre village y sont constantes et il faudrait presque citer intégralement ces ouvrages, ce qui est évidemment impossible dans le cadre de ce blog. On se limitera donc à quelques notations d'un quaker américain Wiliam Savery, qui a visité Congénies en mars 1797 et dont van Etten a pu consulter le journal manuscrit. Elles sont particulièrement évocatrices de la vie à Congénies à la fin du XVIIIème siècle, que la Révolution ne semble pas avoir beaucoup modifiée.
Le 13 mars, Savery part de Nîmes et écrit :
"Vers 3 heures, nous prîmes une voiture pour nous faire mener à Congénies, à environ 3 heures et demie de marche. Cela nous coûta un louis d'or. La contrée est belle, quoiqu'un peu montagneuse entre Nîmes et Congénies. Nous passâmes près de Calvisson et nous arrivâmes à la tombée de la nuit à une auberge où les gens semblèrent heureux de nous voir".
Après avoir relaté ses contacts avec les Quakers locaux et notamment Louis Majlolier, Savery poursuit sa description le 14 mars :
"Le temps étant très beau - les amandiers et les pêchers sont en fleurs, les oliviers, les figuiers commencent à se couvrir de feuilles et les vignes sortent juste du sol -, nous avons fait une longue promenade dans cette très jolie vallée. Les paysans semblent particulièrement paisibles, civils et peu accoutumés à voir des étrangers. Hommes et femmes étaient en train de tailler les vignes. Ils nous regardèrent avec curiosité et respect. Je n'ai jamais encore été dans un pays où il y a plus de simplicité naturelle qu'ici. Les bergers et bergères rencontrés ici font paître leurs troupeaux tout en filant ou en tricotant tout à la fois. Ils n'ont que très peu de vaches ou de chèvres, mais ils traient les brebis qui leur donnent un lait suffisant et même plus riche que celui de la vache".
Le 16 mars, Savery dîne chez Jean Bénézet :
"Nous eûmes du bœuf bouilli, du porc et de la soupe, une volaille rôtie, du lapin r ti ainsi que du mouton et des saucisses, mais pas ou peu de légumes. Pour le dessert, une crème cuite d'une manière spéciale et quelques gâteaux avec du beurre, et enfin des fruits qu'on trouve par ici tels que le raisin, en grappes à demi séchées, d'excellentes figues, des noix comme en Angleterre, des olives, des raisins secs, avec des confitures faites, je pense, de mangues bouillies dans du vin doux, le tout accompagné du vin de leurs crûs bu ici comme en Amérique on boit le cidre. Il n'est pas fort ; il y a du rouge et du blanc : le blanc est plus doux . Je mentionne ces particularités pour donner une idée générale de l'hospitalité de ces gens généreux ainsi que des richesses de leur pays. Nous avons passé la soirée au milieu de paysans en sabots, aux pauvres maisons et peu riches de terres... O ! la douce simplicité et l'innocence de ces gens pauvres, industrieux, mais appremment heureux ! Je ne me suis jamais attaché à des étrangers aussi soudainement et aussi fortement qu'à ceux-ci".
Le 18 mars, le voyageur écrit :
"Le village contient 15 maisons et environ 650 habitants qui, tous, ont été respectueux pour nous. il ne semble pas qu'il y ait parmi eux de gens de situation sociale élevée ou des riches. Une égalité remarquable règne partout".
Et il poursuit le 23 mars :
"On pourrait trouver si peu de choses dans ce village ! Ce pauvre médecin (qui est en même temps horloger et coiffeur) n'a que peu de médicaments à sa disposition et probablement peu d'expérience aussi... Dans tout le village de Congénies, je crois qu'il n'y a pas une boutique pour la vente de quoi que ce soit, liquide ou sec ! Seuls les besoins simples des habitants semblent être susceptibles d'être satisfaits. On nous apporte continuellement différentes sortes de fruits, des confitures, des noix, etc. Personne n'est plus sympathique que ces gens. Leur bois de chauffage est fait principalement de sarments de vignes, de branches de mûrier, d'olivier, de figuier, d'amandier. Ceux qui achètent du bois à bruler l'achètent au poids. Je n'ai pas vu un seul arbre à bois de construction à deux cents milles à la ronde. Les vignobles durent longtemps et n'arrivent pas à leur meilleur rendement en moins de 15 ans et j'en ai vu plusieurs qui avaient 100 à 150 ans de vieillesse : ce sont les plus estimés. On taille les vignes presque jusqu'au tronc chaque année".
Après avoir noté que les Congénois "ne semblent pas aussi travailleurs que les Allemands", Savary évoque la situation politique - nous sommes en 1797 - à l'occasion d'un déplacement à Fontanès fait le 27 mars :
"Nous avons passé par un village où nous avons vu plusieurs grandes constructions qui ont dû être belles, ainsi que des jardins appartenant à des ci-devant nobles. Ceux-ci sont maintenant totalement ruinés. Nous avons vu aussi une croix et des crucifix d'une taille énorme à un carrefour ; ils étaient en morceaux sur le sol. Cela est représentatif de ce que l'on rencontre partout en France actuellement..."
29 septembre 2008
Congénies vue par Hector Rivoire
Hector Rivoire, qui était chef de division à la préfecture du Gard, a publié en 1842, en deux
forts volumes, une "Statistique du département du Gard". Ce travail comprend de longues études générales sur l'histoire, la géologie ou l'économie de notre département ainsi qu'une notice sur chacune de ses communes. Celle sur notre village, dont le nom est orthographié Congeniès avec un seul accent mal placé, est reproduite ci-dessous.
CONGENIÈS
Arrondissement de Nîmes - Canton de Sommières - Population 1000
Un caractère particulier, sous le rapport religieux, distingue cette commune de toutes celles du département. Au lieu d'embrasser avec empressement tout prétexte d'opposition fanatique, ainsi que le pratiquent au détriment de de la tranquillité et de la raison un grand nombre de localités où les cultes se croisent, Congeniès voit vivre avec calme dans son sein, un prêtre catholique, un ministre protestant, un pasteur quaker et un missionnaire méthodiste anglais ou wesleyens (sic). Dans l'enceinte même du village, et pour ainsi dire côte à côte, s'élèvent les quatre édifices consacrés aux cérémonies religieuses de ces différents cultes.
Des renseignements, recueillis dans les lieux mêmes, nous apprennet que, du remps des Sarrasins, au vilage nommé St-André, existait à environ 200 mètres de Congeniès, et que, sur l'emplacement où s'élève aujourd'hui ce village, il y avait un fort dans lequel se retirèrent les habitants de St-André, chassés de leurs demeures par l'incendie et les assiégeans qui exigeaint d'eux une contribution de 300 livres.
Ils construisirent ensuite autour de ce fort des habitations qui communiquèrent toute entre elles, comme on peut encore le voir aujourd'hui. Ces constructions formèrent insensiblement un village qu'on nomma Congeriès, et qui, par la suite des temps, se changea par corruption en Congeniès, nom de la commune dont nous venons de parler. Il ne reste de l'ancien St-André, que les ruines d'un édifice qu'on reconnaît à ses détails pour une église chrétienne.
On s'occupe, dans la commune de Congeniès, de la construction d'une fontaine qui jaillira au milieu du village, au moyen de travaux considérables qu'on a faits pour conduire les eaux.
16 juillet 2008
Congénies vue par Roux-Ferrand
Hippolyte Roux-Ferrand est un personnage peu connu en dépit d’une production littéraire non négligeable parmi laquelle on peut citer une histoire de Pologne et « Une histoire des progrès de la civilisation en Europe » couronnée par une médaille d’or décernée par l’empereur de Russie. Né à Nîmes en 1798, mort en 1887, il fut professeur avant d’être conseiller municipal de Nîmes, sous-préfet du Vigan en 1839 et sous-préfet d’Issoudun de 1848 à 1852. Il était membre de l’Académie de Nîmes où il a fait plusieurs communications. Il est aussi l’auteur d’une « Biographie des hommes célèbres du Gard ». (1)
S’il nous intéresse ici, c’est en raison de son ouvrage paru en 1835 « Quelques souvenirs d'une promenade
en Suisse, en Savoie et dans le midi de la France » où il parle en particulier d’Aigues-Mortes et des Basses-Cévennes, livre qui annonce celui qui nous concerne plus directement, ses « Lettres sur le Gard » publiées en 1837 et dans lesquelles il parle de Congénies dans les termes suivants :
« Après ce que je t’écrivais hier, tu apprécieras bien plus encore le bourg intéressant qui a fait dire à l’un de nos plus judicieux agronomes : « L’industrie des habitants de Congénies, adoptée partout où elle pourrait l’être, influerait puissamment sur la fortune publique ; rien ne peut être plus utile à notre prospérité que l’exemple de leur agriculture, si ce n’est pourtant celui de leur tolérance.C’est dans ce bourg, à trois lieues de Nismes, sous le même soleil, que toutes les opinions, tous les cultes, toutes les formes diverses d’adorer la divinité, semblent s’être donné un pacifique rendez-vous. L’église, le temple, la maison des quakers s’y touchent presque, et n’ont pas encore frémi d’un pareil voisinage. Heureux le village où l’honnête homme, quelle que soit sa couleur, peut venir à la table hospitalière de l’adjoint catholique, trinquer une bonne amitié avec le maire protestant, le greffier quaker, le ministre de l’église réformée et un missionnaire méthodiste ! Ami des champs, je recommande l’agriculture de Congénies, vrai moyen de fortune, source de richesse honorable, ami des hommes, je prêche sa tolérance, vrai moyen de repos, de tranquillité publique, sans laquelle aucun bonheur n’est possible. Assez de maux inévitables ne viennent-ils pas nous assaillir dans notre court passage ; faut-il encore que l’homme en démence ajoute des malheurs aux malheurs qui l’accablent ? Les fléaux physiques, les calamités de la nature ont rendu l’état de société nécessaire ; faudrait-il donc reconnaître que la société a augmenté encore les malheurs de la nature, et que les hommes en se réunissant n’ont fait qu’aggraver leur misère ?
Faisons une trêve à nos sentiments haineux, à nos inimitiés sans cesse renaissantes, ne fût-ce que pour essayer si les douceurs d’un commerce affectueux ne valent pas mieux pour alléger les peines de la vie, que les rugissements de la haine ou les fureurs de la vengeance. »
Notre auteur reprend en fait, sans y apporter de vraie réflexion personnelle, un texte du magistrat et agronome Labaume, à savoir une partie de son mémoire « De l’agriculture de Congénies », dont nous aurons l’occasion de reparler. Mais si l’on se réfère à ce qu’il « écrivait hier », on constate chez Roux-Ferrand un jugement un peu réservé sur la Vaunage « riche de fruits, mais pauvre de sites », où il n’y a « rien qui vienne rafraîchir la vue », région dans laquelle, à la suite des guerres de religion, « les haines se sont transmises de génération en génération… et où les plaies toujours saignantes n’ont jamais eu le temps de se cicatriser.» Par contraste, Congénies lui apparaît comme un véritable havre où règnent la paix et la tolérance, qualités que le chanoine Goiffon reconnaît indirectement lorsqu’il écrit que Congénies « est certainement la terre classique du libre examen…. »
(1) Renseignements trouvés sur Internet.
01 juin 2008
Les sobriquets à Congénies
L'écrivain gardois André Bernardy a écrit un livre intitulé "Les sobriquets collectifs (Gard et pays de langue d'oc)" (Editions Peladan, Uzès, 1962) dans lequel il procède à une recension systématique des
surnoms dont sont pourvus les habitants de nos villages, non pas en tant qu'individus mais en leur qualité de membre d'une communauté. Les habitants de Congénies figurent évidemment dans cette liste. A. Bernardy a noté deux sobriquets collectifs les concernant. Il écrit à leur sujet :
"Les gens de Congénies sont peut-être un peu plus délicats tout en restant goulus puisqu'ils furent qualifiés de "galavards" c'est à dire à la fois gourmands et voraces" (page 86).
Et plus loin (page 174 et 175) il signale un autre sobriquet pour les Congénois :
"Ailleurs, certains terroirs deviennent, à l'occasion de fortes pluies, de véritables bourbiers. Les cultivateurs en supportent bien entendu les conséquences, non seulement dans leur travail... mais aussi dans les sobriquets qui leur furent attribués : ceux de Canaules et de Vicq-le-Fesq sont "lous fangassié", c'est à dire ceux qui marchent dans la boue ; les habitants de Congénies sont "lous crébo-fangas" qui a le même sens..."
Que l'on se rassure : d'autres sobriquets sont beaucoup plus méchants ou méprisants que ceux qui sont censés qualifier les Congénois !
05 mars 2008
Congénies vue par Germer-Durand
Sous le second Empire fut entrepris un vaste inventaire des lieux et agglomérations du territoire français, travail qui
a donné lieu à la parution d'un certain nombre de dictionnaires topographiques départementaux. Celui consacré au Gard a été établi en 1868 par Eugène Germer-Durand (1812-1880). Ce normalien, qui avait quitté l'enseignement public pour le collège de l'Assomption de Nîmes, était un érudit aussi bien archéologue qu'épigraphiste, paléographe ou numismate. A la fin de sa carrière, il fut directeur de la biblitohèque et du musée archéologique. On trouvera ci-dessous l'article qu'il a consacré à Congénies dans son dictionnaire (orthographe respectée).
"Congéniès, Con de Sommière.- Congenias, 1060 (cart. de N.-D.de Nimes, ch. 200).- Ecclesia Sanctæ-Mariæ de Congeniis ; ecclesia Sancti-Andreæ de Congeniis, 1156 (ibid. ch. 84). - Mansus de Congeniis, 1169 (chap. de Nimes, arch. départ.) ; 1203 (Mén.I, pc. P. 44, C. 2). - Congeniæ, 1226 (ibid. p. 70, c. 2). - Congeniæ, 1384 (dénombr. de la sénéch.); - Ecclesia de Conjeniis, 1386 (rép.du subs. de Charles VI). - Congénies, 1485 (rép.du subs. de Charles VII). - Locus de Congeniis, 1492 (Sim. Benoist, not. de Nimes). - Congenies, 1582 (Tar. univ. du dioc. de Nimes) ; 1650 (G. Guiran, Style de la Cour roy. ord.de Nimes). - Le prieuré de Notre-Dame de Congéniès, 1706 (arch. dép. G 206); - Congègne, 1721 (bibl. du grand séminaire de Nimes).
Congéniès, avant 1790, faisait partie de la viguerie et du dioc. de Nimes, archiprêtré de Sommière. - On y comptait 10 feux en 1384, et en 1744, 43 feux et 180 habitants. - Dès le XIIème siècle il existait en ce lieu deux églises, l'une sous l'invocation de saint André, l'autre sous celle de Notre-Dame ; elles furent réunies en 1266. - Le prieuré simple et séculier de Notre-Dame-de-Congéniès était uni à la menses capitulaire de la cathédrale de Nimes et valait, au XVIIIème siècle, 1.500 livres. - Notre-Dame-de-Congéniès fut une des dix-neuf paroisses qui, en 1644, formèrent le marquisat de Calvisson. - La justice de Congén!ès dépendait de l'ancien patrimoine du duché-pairie d'Uzès."
25 février 2008
Congénies vue par le chanoine Goiffon à la fin du XIXème siècle
Le chanoine Goiffon était l'archiviste du diocèse de Nîmes à la fin du XIXème siècle. Il a étudié minutieusement l'histoire de toutes les paroisses catholiques du Gard dans de nombreuses monographies et dans des livres regroupant ses recherches d'abord au niveau du diocèse puis par archiprêtrés. Ses travaux constituent un instrument de recherche inestimable, même si certains points méritent parfois d'être vérifiés.
Congénies est évidemment citée dans ces divers ouvrages.
Dans son Dictionnaire topographique, statistique et historique du diocèse de Nîmes (1881), Congénies a droit à une page (p. 102) qui résume très brièvement l'histoire de la paroisse et dans laquelle est rappelée l'existence de deux églises jusqu'au XIIème siècle. En ce qui concerne la situation de notre village au moment de la rédaction de l'article, Goiffon écrit :
"Congéniès, quoique sa population protestante ne soit pas fort nombreuse, est certainement la terre classique du libre examen. Il serait difficile de rencontrer ailleurs plus de sectes différentes. C'est dans ce village que les Quakers s'établirent d'abord ; ils y vinrent en 1788".
Outre le fait que l'auteur utilise la graphie Congéniès, on notera que selon des chiffres datant de 1876 il y avait alors à Congénies 612 protestants et 162 catholiques, ce qui tempère quelque peu les observations de notre chanoine sur l'appartenance religieuse de la population de la commune.
Dans ses Monographies paroissiales, paroisses de l'archiprêtré de Nîmes (1898), Goiffon consacre six pages et demie (pp. 309 à 316) à notre village dans lequel il considère que vivent environ 200 catholiques et 600 protestants alors que le rencensement de 1896 donne le chiffre de 703 habitants.
L'auteur entame son propos en évoquant une étymologie du nom du village contestée de nos jours et notamment par M. Cao au cours de sa conférence du 22 janvier 2008. L'origine serait un fait historique, dont Goiffon admet que ce n'est qu'une tradition, selon lequel les habitants chassés du quartier Saint-André par "l'incendie et les Sarrasins se seraient réfugiés ... auprès du fort et s'y construisirent des habitations communiquant toutes entr'elles, comme cela s'est encore conservé de nos jours dans le quartier primitif. Ces constructions ayant ainsi formé une nouvelle agglomération (Congeries), le nouveau centre par corruption de ce mot aurait été appelé du nom qu'il porte aujourd'hui".
Plus intéressante est la minutieuse histoire de Congénies des origines à l'année 1891 et notamment la liste de ses curés. Il n'est pas question de reproduire ce long texte intégralement ici. On citera seulement le passage suivant :
" Son administration (celle du curé Coste de 1765 à 1791) fut témoin d'une transformation remarquable du protestantisme à Congéniès ; vers 1788, arrivèrent dans ce village sept quakers, venus d'Amérique et d'Angleterre, quatre hommes et trois femmes ; ils y firent un séjour de plusieurs semaines, répandant quelques livres de morale et de piété rédigés sur de nouveaux principes. La nouveauté fut acceptée aussitôt ; on s'en aperçut bien vite au changement des costumes ; les hommes se vêtirent de couleur sombre, les femmes de violet, renonçant aux parures et aux dentelles ; le tutoiement fut de rigueur entre les adeptes de la nouvelle doctrine. En vertu de leurs principes, les affiliés refusèrent de prendre les armes au commencement de la Révolution, mais cependant leurs maximes de morale ne furent pas tellement sévères qu'elles les empêchassent tous de prendre part à la dévastation des églises. C'est surtout depuis cette époque que Congéniès semble être devenue la terre classique du libre examen ; ils serait difficile de rencontrer ailleurs plus de sectes différentes que dans ce petit village".
Il est permis de penser que ces lignes doivent davantage à la polémique qu'à la rigueur historique !
21 février 2008
Congénies vue par le pasteur Frossard en 1834 et 1854
Nous allons recenser dans cette rubrique, au fur et à mesure de leur découverte, des réflexions sur Congénies ou des descriptions de notre village, trouvées dans des écrits d'auteurs du XIXème siècle.
Dans l'édition de 1834 de son livre "Nismes et ses environs à vingt lieues à la ronde", le pasteur Emilien Frossard écrit (page 135) :
"Dans la partie occidentale de la Vaunage se trouve un bourg de mille âmes environ. Rien ne le distingue des autres amas de modestes habitations répandues dans la plaine, si ce n'est peut-être un énorme cyprès que l'avant-dernier hiver a desséché, et qui se tient encore là debout, immobile, comme une triste relique de ce qui fut vie et verdure. L'artiste peut donc traverser Congéniès s'en presque s'en apercevoir, sans regretter que la diligence ne daigne même pas y changer de chevaux. Mais que celui qui aime l'homme plus que les montagnes et les ruines, ne traverse pas si brusquement le petit bourg oublié, car s'il n'a rien pour charmer les yeux, il a de quoi exciter une légitime curiosité, et il offre à l'homme réfléchi un fait moral qu'il ne retrouvera dans aucune autre partie de la France. Qu'il sache donc que ce petit coin ignoré renferme quatre sectes religieuses qui vivent l'une à côté de l'autre en parfaite harmonie, jouissant d'une entière liberté de droit et de fait, et prospérant chacune selon les éléments qui leur sont propres. L'église catholique, le temple des réformés, celui des quakers, et bientôt une chapelle méthodiste, se touchent sans froissement, sans envie et sans rancune.
Ils l'ont donc comprise cette religion d'amour et de tolérance ces paisibles habitants de la plaine, sachons la comprendre aussi, car, serait-ce sans intention que la Providence aurait placé un tel spectacle aux portes de Nismes, si long-temps le foyer des dissensions intestines et des haines de parti ?"
Le pasteur Frossard poursuit ses réflexions par de longues pages sur les quakers et leur installation à Congénies (qu'il s'obstine à écrire Congéniès) et par une citation du mémoire de Labaume sur l'agriculture de Congénies que nous publierons ultérieurement.
Dans l'édition de 1854 de son livre, devenu "Tableau pittoresque, scientifique et moral de Nimes et de ses environs à vingt lieues à la ronde", Frossard est beaucoup plus sobre :
"Congénies, qui se fait remarquer par l'existence de plusieurs sectes chrétiennes, catholiques, pro
testants, quakers, méthodistes, vivant en paix les uns à côté des autres et exerçant librement leur culte respectif".
Notons qu'en vingt ans "Congéniès" est devenu "Congénies" !
