15 mai 2007
Histoire générale de Congénies
L'histoire de Congénies est particulièrement ancienne ;
Dés la période préhistorique, au néolithique, un petit groupe d'agriculteurs sédentarisés s'installe à proximité de l'antique source de la "Font-Vieille" au pied du puech de la Fontaine côtés est et sud aux alentours de 4500 av J.C. Le monument le plus emblématique de ces périodes reculées est sans nul doute le menhir de " la Peyra Plantada " , à proximité de la limite de la commune d'Aubais, dont la datation pourait être située , au moins, vers 2500 av J.C. Ce mégalithe a pu être érigé par une communautée installée non loin de là dans le quartier cadastral de Maupas ( à rattacher au " groupe de Ferrières " , dans l'hérault, à l'origine du mégalithisme en Languedoc ... ). Toujours à l' "âge du cuivre " , non loin de l'ancienne gare , dans la plaine , chemin du pesquier, on a retrouvé des restes d'habitats dont les soubassements étaient consitutués de pierre sèche . A l'origine ces habitations ou huttes possédaient une couverture constituée de branchages , végéteaux divers , peut être des peaux , le tout maintenu par des poteaux de bois . Cet ensemble était entouré de fossés . Un peu plus tard, on retouve les traces d 'une occupation à l' "âge du bronze" ( aux alentours de 2000 av J.C ) , notamment un ancien village à la pointe sud de la commune aux "Garrigues Basses" à rattacher à la "culture fontbuxienne " ( du site éponyme de Fonbouisse entre Villevieille et Souvignargues ) par le décor caractéristique des poteries retrouvées in situ . Une petite parenthèse pour signaler que l' "âge du Fer" ( à partir de 800 av J.C. ) n'est autre que la période gauloise représentée chez nous par les Volques Arécomiques qui subissent , dés le 5ème siècle avant notre ère , l'influence des comptoirs hellenistiques ( Marseille , Arles ou Agde notamment ) puis au 2ème siècle av J.C. l'installation pacifique de la culture romaine . ( remerciements à Jean Marc Roger pour les indications fournies ) .
De la période gallo-romaine justement ( 1er siècle avant , 5ème siècle aprés J.C ) , de nombreux vestiges de petites exploitations agricoles ( environ un dizaine ) , des tombes et un important mobilier archéologique ont été retrouvés . les habitations étaient , le plus souvent , etablies sur les bas de pentes des collines . Cependant , à ce jour , contrairement à d'autres communes de la Vaunage , pas de traces d'une "villa" , grosse exploitation agricole . Notons enfin que l'on peut suivre, sur l'intégralité de la commune, le tracé de l'antique Via Luteva ( Nîme à Lodève ). Cette dernière arrivant de Nîmes via Nages se poursuivait en direction de Sommières ( qui n'existait pas encore ) pour traverser le fameux pont romain "Tibère" enjambant, à l'origine, sur 190 mètres, le fleuve Vidourle . On notera d'ailleurs que le tracé , aujourd'hui chemin pierreux de garrigue , compris entre l'actuelle bassin de rétention des eaux à la sortie ouest de "Nîmes-Canteperdrix" , passant par les collines en rejoignant les "baraques de Langlade" ( au sommet de ce village ) puis Nages fut utilisé jusqu'en 1840 , date de création de l'actuel CD 40 passant désormait par Caveirac .
Congénies est mentionné pour la première fois en 926 sous le terme de "Villa Congenias" . Des temps les plus reculés du moyen âge, plusieurs témoins nous sont parvenus telle l'ancienne église romane de St André . Située à l'extérieur du village , au couchant . ( Son quartier d'attache était , à priori , l'actuel quartier de la Portalade ) Un chemin y conduisant et surtout l'actuel mas St André perpétuent la mémoire de ce lieu . Signalons d'ailleurs que ce mas est en grande partie construit sur les fondations de l'ancienne église et que certains de ces murs ne sont autres que ceux de l'édifice disparu . De plus , des tombes présumées d'époque paléochrétienne ( 4ème-8ème siècle ) ont été retrouvées à proximité de l'antique église , pouvant indiquer que cette église a pu être la première du village de Congénies alors naissant et même être à son origine ... . En outre , on retrouve de nombreuses références à cette paroisse disparue dans les éléments de décor de l'actuelle église Notre Dame : peintures murales du choeur , statue , vitraux , rose ouest , etc ...
En ce qui concerne l'église Notre Dame, les textes les plus anciens que nous connaisons à ce jour remontent au milieu du 12ème siècle en 1156 ( tout comme l'église St André ) , en tant que possession du Châpitre de Nîmes . Cet édifice , d'abord de style roman , est intégré à un système urbanistique défensif entouré de remparts et fossés connu sous le nom de "Fort" en 1367 . De nombreux éléments architecturaux des 14ème au 18ème siècle existent encore au sein des habitations de ce quartier .
Trés tôt , la Réforme protestante se manifeste en Vaunage ( à partir des années 1560 ) . Congénies construit d'ailleurs son premier temple sur la place du Peyron à la fin du 16ème ou au début du 17ème siècle . L'adoption de l'Edit de Nantes par Henri IV en 1598 , marque , pour un temps , un certain retour au calme aprés les terribles guerres de religions qui ont vu le saccage , à plusieurs reprises , de l'eglise Notre Dame . La cohabitation va néanmoins rester tendue et ira crescendo tout au long du 17ème siècle ( "guerres de Rohan " puis "Paix d'Alais" ) dans un village ayant majoritairement embrassé la "nouvelle religion" . Cette situation de plus en plus explosive aboutit à la révocation pure et simple de l'Edit de Nantes par Louis XIV à l'automne 1685 ( Edit de Fontainebleau ) n'autorisant plus que la religion catholique à travers l'ensemble du royaume de France . Les villageois sont contraints , comme ailleurs , de démolir leur temple . Cet événement inaugure , pour les huguenots , la difficile période appelée "Le Désert" ( les prêches devant être effectués en toute clandestinité , le plus souvent à l'extérieur ) .
L'église de Congénies , pourtant récemment restaurée en 1670, subit un profond remaniement à partir de 1686 . Cette dernière est agrandie de deux travées vers l'ouest " dans le style déjà existant " ( à voutement sur croisée d'ogive gothique ) nous précise l'architectecte diocésain Gabriel Dardaillon en charge de ces importants travaux , sur les plans de l'architecte carcassonnais Guillaume Cailhau , qui visent à accueillir les nouveaux convertis ( de force ) à la religion catholique . Au cours de ce vaste chantier , l'intégralité des murs de la nef est décoré de fresques alliant styles classique et baroque alors en vogue . Enfin , l'encadrement en pierre de la porte de l'ancien temple est remonté sur la nouvelle façade ...
En décembre 1703 , lors de la révolte des Camisards ( "milices" huguenotes ) contre le pouvoir royal , Jean Cavalier , à la tête d'une de ces troupes , célèbre sa victoire sur les Dragons ( soldats ) du roi à la "Roque d'Aubais" en infligeant d'ultimes dégradations à l'église . La guerre des Camisards s'achèvera en 1704 et les persécutions continueront jusque dans la seconde moitié du 18ème siècle . Pour exemple , Paul Rabaut , jeune pasteur au "Désert" , de passage à Congénies en 1735 , ne devra son salut que par le fait d'avoir été prévenu par les villageois de l'arrivée des Dragons de Calvisson et trouvera refuge , pour une nuit , dans une cabane ( capitelle ) de la Combe de Biol ( nous sommes en pleine période des fameuses dragonnades visant à pourchasser et capturer les protestants ) . Les choses s'apaisent à partir des années 1770-75 mais il faut attendre officiellement 1787 pour que soit adopté enfin "l'Edit de Tolérance" par Louis XVI .
Parallèlement , les cultures s'étendent à l'ensemble du territoire communal , notamment dans les garrigues . Des parcelles sont défrichées , épierrées au prix de longs efforts sur plusieurs générations à partir de la seconde moitié du 17ème siècle ... Murailles , clapas et cabanes de pierre sèche font leur apparition ; la plupart des 110 capitelles recensées sur Congénies remontent aux 18ème et 19ème siècles . Le village possède même un moulin à vent édifié à la fin du 17ème ou au tout début du 18ème siècle au sommet du puech de la Fontaine afin de moudre le grain des céréales pour la farine .
L'année 1759 est marquée par le dernier aménagement architectural extérieur de l'église Notre Dame . On procède à l'édification d'une tour-clocher , sorte de beffroi comportant l'horloge communale , accolée à la façade nord-ouest de l'église . Ce clocher est surmonté d'un campanile en fer forgé riveté abritant une cloche de la même année parrainée par le seigneur Anne Joseph de Louet de Nogaret , marquis de Calvisson et qui résidait, à l'époque, au sein du trés beau château de Marsillargues . Cette cloche , outre le fait d'avoir été réalisée par un maître fondeur de renom , Jean Poutingon , a , notamment , pour particularité , de posséder un splendide lézard moulé au naturel .
Durant la période révolutionnaire l'église devient quelque peu un bâtiment public , sorte de " Temple de la Raison " , servant notamment aux cérémonies civiles . Elle sera vidée de son mobilier . Mais elle rapidement confiée aux protestants , largement majoritaires dans la commune et qui ne possède toujours pas de lieu de culte depuis 1685 . L'église Notre Dame est cependant rapidement au culte catholique dés 1800 . D'autres villages de la Vaunage n'auront pas " cette chance" , c'est la cas pour Langlade , St Dionisy , Nages et Solorgues ou encore Boissières dont les anciennes églises seront attribuées de manière définitive au culte protestant . Signalons que le temple actuel de Congénies , d'un style trés sobre néo classique , est le premier à être reconstruit en Vaunage de 1817 à 1818 .
La seconde moitié du 18ème et le 19ème siècle sont marqués par une grande ferveur religieuse dans notre village . En effet , au milieu du 18ème siècle une communauté discidente du protestantisme se développe et finira par être officiellement rattachée , via des relations extérieures , au mouvement quaker en mai 1788 . Leur maison d'assemblée , située sur la route de Nîmes , est édifiée en 1822 grâce au leg d'un " ami " américain . Un cimetière à l'anglaise est également aménagé à l'arrière de la maison entre 1830 et 1890 . Cet ensemble , tout à fait exceptionnel par sa valeur historique et culturelle , est le plus ancien à avoir été établit sur le continent européen ; Royaume Uni mis à part .
A partir des années 1820 , notre région est concernée par l'implantation d'un nouveau mouvement venu d'Angleterre , il s'agit de ce que l'on a coutume d'appeler " le Réveil Méthodiste " . Congénies , une nouvelle fois , n'est pas en reste et les prêches du prédicant Charles Cook trouvent un échos favorable du haut de l'ancienne chaire du temple entre 1827 et 1830 . Les méthodistes de Congénies devront cependant attendre 1869-70 pour ériger une grande chapelle digne de ce nom dans un parc bordant l'avenue de la Fontaine , aujourd'hui malheureusement disparue .
A ce propos , citons M.G. de la Beaume dans son " Mémoire sur l'agriculture du Gard " paru en 1832 lorsqu'il évoque Congénies qui possédait alors un peu plus de 1000 habitants : " Heureux le village où l'honnête homme , quelle que soit sa couleur , il peut venir à la table hospitalière de l'adjoint catholique, trinquer de bonne amitié avec le maire protestant, le greffier quaker, le ministre de l'Eglise Réformée et un missionnaire méthodiste ..."
La lecture ( notamment de la Bible ) et l'instruction ayant toujours été au centre des préoccupations des congénois , ils se sont , au fil des décennies , dotés de plusieurs écoles de confessions différentes. Soucieux de valoriser cette culture partagée, ils ont mis beaucoup d'eux même dans la construction de 1866 à 1867 d'une nouvelle maison communale, bien en avance sur son temps, regroupant la mairie et les écoles. Quelle prouesse pour ce modeste village sous le Second Empire d'avoir fait appel , pour celà , au grand architecte Henri Antoine Révoil chargé par l' Etat , durant la seconde moitié du 19ème siècle , de la restauration de nombreux monuments historiques dans le sud-est de la France . Il édifiera également de nombreuses églises et des temples du Gard aux Bouches du Rhône en passant par le Vaucluse . Il aussi les travaux de la nouvelle "cathédrale de la Major" à Marseille tout comme les décors de Notre Dame de la Garde .
A la fin du 19ème et au début du 20ème siècle , notre village entre pleinement dans " l'ère de la modernité ". La voie ferrée Nîmes-Sommières est officiellement mise en service le 30 octobre 1882 ; une gare est naturellement édifiée à Congénies . Un bureau des postes et télégraphes est aménagé en 1892. Les nombreux travaux d'adduction d'eau se succèdent au cours de cette période . En 1868 , l'eau de l'antique source de Fontvieille , où été aménagés les premiers lavoirs de Congénies depuis le début du 19ème siècle , est canalisée en direction du centre du village où l'on installe la " Fontaine de la Bourse " ; borne en fonte de fer ouvragé surmontée d'une élégante tonnelle. Entre 1912 et 1913, afin répondre à des besoins toujours plus croissants ; de nouvelles conduites sont posées à travers tout le village pour apporter l'eau dans les quartiers au moyen d'une dizaine de petites bornes fontaines toujours alimentées par la "Font-vieille" totalement réaménagée à cette occasion . Une usine élévatoire des eaux surmontée d'une éolienne de grandes dimensions ( 25 mètres de haut ) y sont édifiées afin d'acheminer l'eau dans un réservoir situé 20 mètres au dessus sur " le pic ". Dans la foulée de nouveaux lavoirs modernes sont aménagés une centaine de mètres en aval des anciens qui sont alors comblés . Un poids public , dit "la bascule" est construit en 1912 . La "fée électricité" fait sont apparition en 1909 et l'eau courante arrive dans les maisons en 1938-39 grâce au captage de Bernis dû à la volonté des élus de l'époque de créer un syndicat des eaux de la Vaunage tres pertinent pour l'époque . Cette réalisation marque la fin de l'exploitation de la source de Fontvieille . Pour une meilleure efficacité , les propriétaires vignerons de Congénies se fédèrent en coopérative et inaugurent leur cave en 1932 à proximité de la gare . Le village se dote également d'un foyer communal et de bains douches en 1938 . En 1967 , le tout à l'égout est installé et une première station d'épuration aménagée . En 1975 , c'est le nouvel hôtel des postes qui est inauguré . 1977 voit de profondes transformations sur le puech de Ninarde: construction d'un nouveau reservoir d'eau à son sommet , aménagement de l'actuelle terrain de football , construction du premier lotissement du village à la "Combe de Tourel " . Entre 1988 et 1989 , c'est l'opération de lifting de la place du jeu de paume ; en mars 1989 est planté l'olivier de la Liberté sur l'esplanade de l'église à l'occasion des commémorations du bicentenaire de la Révolution . Entre 1994 et 1997 , la mairie déménage progessivement dans la maison surplombant la "Fontaine de la Bourse" ; dans la foulée , une nouvelle bibliothèque est inaugurée en 1997 au sein du bâtiment . En ce début de 21ème siècle , les sports ont à l'honneur . Tout d'abord , entre 2004 et 2006 , la voie verte " Caveirac - Sommières " est aménagée sur l'emprise de l'ancienne voie ferrée et une halle de sport est inaugurée en 2006 au sein du complexe sportif de Ninarde .
Cette petite histoire , loin d'être exhaustive , vous permet de découvrir la diversité et la richesse de l'histoire et des patrimoines qui composent notre commune. Soucieuse d'entretenir cette mémoire , l'association pour la conservation du patrimoine de Congénies vous invite à participer à ce vaste projet . Rappelons que la sauvegarde du patrimoine est l'affaire de chacun d'entre nous au quotidien .
Loïc Vannson
Vue générale de Congénies depuis les lacets de la "côte d'Aubais" .