Il n'est pas besoin de souligner la place qu'ont tenue les Quakers dans l'histoire de Congénies. Deux Sans_titre_1ouvrages anciens - et parfois un peu dépassés comme l'a montré le colloque organisé par la communauté quaker les 18 et 19 octobre 2008 - sont là pour en témoigner. Il s'agit de la thèsSans_titre_0e du pasteur Edmond Jaulmes "Les Quakers français, étude historique" (1898) et du livre d'Henry van Etten "Chronique de la vie quaker française" (deux éditions en 1938 et 1947). Les références à notre village y sont constantes et il faudrait presque citer intégralement ces ouvrages, ce qui est évidemment impossible dans le cadre de ce blog. On se limitera donc à quelques notations d'un quaker américain Wiliam Savery, qui a visité Congénies en mars 1797 et dont van Etten a pu consulter le journal manuscrit. Elles sont particulièrement évocatrices de la vie à Congénies à la fin du XVIIIème siècle, que la Révolution ne semble pas avoir beaucoup modifiée.
   Le 13 mars, Savery part de Nîmes et écrit :
   "Vers 3 heures, nous prîmes une voiture pour nous faire mener à Congénies, à environ 3 heures et demie de marche. Cela nous coûta un louis d'or. La contrée est belle, quoiqu'un peu montagneuse entre Nîmes et Congénies. Nous passâmes près de Calvisson et nous arrivâmes à la tombée de la nuit à une auberge où les gens semblèrent heureux de nous voir".
   Après avoir relaté ses contacts avec les Quakers locaux et notamment Louis Majlolier, Savery poursuit sa description le 14 mars :
   "Le temps étant très beau - les amandiers et les pêchers sont en fleurs, les oliviers, les figuiers commencent à se couvrir de feuilles et les vignes sortent juste du sol -, nous avons fait une longue promenade dans cette très jolie vallée. Les paysans semblent particulièrement paisibles, civils et peu accoutumés à voir des étrangers. Hommes et femmes étaient en train de tailler les vignes. Ils nous regardèrent avec curiosité et respect. Je n'ai jamais encore été dans un pays où il y a plus de simplicité naturelle qu'ici. Les bergers et bergères rencontrés ici font paître leurs troupeaux tout en filant ou en tricotant tout à la fois. Ils n'ont que très peu de vaches ou de chèvres, mais ils traient les brebis qui leur donnent un lait suffisant et même plus riche que celui de la vache".
   Le 16 mars, Savery dîne chez Jean Bénézet :
   "Nous eûmes du bœuf bouilli, du porc et de la soupe, une volaille rôtie, du lapin r ti ainsi que du mouton et des saucisses, mais pas ou peu de légumes. Pour le dessert, une crème cuite d'une manière spéciale et quelques gâteaux avec du beurre, et enfin des fruits qu'on trouve par ici tels que le raisin, en grappes à demi séchées, d'excellentes figues, des noix comme en Angleterre, des olives, des raisins secs, avec des confitures faites, je pense, de mangues bouillies dans du vin doux, le tout accompagné du vin de leurs crûs bu ici comme en Amérique on boit le cidre. Il n'est pas fort ; il y a du rouge et du blanc : le blanc est plus doux . Je mentionne ces particularités pour donner une idée générale de l'hospitalité de ces gens généreux ainsi que des richesses de leur pays. Nous avons passé la soirée au milieu de paysans en sabots, aux pauvres maisons et peu riches de terres... O ! la douce simplicité et l'innocence de ces gens pauvres, industrieux, mais appremment heureux ! Je ne me suis jamais attaché à des étrangers aussi soudainement et aussi fortement qu'à ceux-ci".
   Le 18 mars, le voyageur écrit :
   "Le village contient 15 maisons et environ 650 habitants qui, tous, ont été respectueux pour nous. il ne semble pas qu'il y ait parmi eux de gens de situation sociale élevée ou des riches.  Une égalité remarquable règne partout".
   Et il poursuit le 23 mars :
   "On pourrait trouver si peu de choses dans ce village ! Ce pauvre médecin (qui est en même temps horloger et coiffeur) n'a que peu de médicaments à sa disposition et probablement peu d'expérience aussi... Dans tout le village de Congénies, je crois qu'il n'y a pas une boutique pour la vente de quoi que ce soit, liquide ou sec ! Seuls les besoins simples des habitants semblent être susceptibles d'être satisfaits. On nous apporte continuellement différentes sortes de fruits, des confitures, des noix, etc. Personne n'est plus sympathique que ces gens. Leur bois de chauffage est fait principalement de sarments de vignes, de branches de mûrier, d'olivier, de figuier, d'amandier. Ceux qui achètent du bois à bruler l'achètent au poids. Je n'ai pas vu un seul arbre à bois de construction à deux cents milles à la ronde. Les vignobles durent longtemps et n'arrivent pas à leur meilleur rendement en moins de 15 ans et j'en ai vu plusieurs qui avaient 100 à 150 ans de vieillesse : ce sont les plus estimés. On taille les vignes presque jusqu'au tronc chaque année".
   Après avoir noté que les Congénois "ne semblent pas aussi travailleurs que les Allemands", Savary évoque la situation politique - nous sommes en 1797 - à l'occasion d'un déplacement à Fontanès fait le 27 mars :
   "Nous avons passé par un village où nous avons vu plusieurs grandes constructions qui ont dû être belles, ainsi que des jardins appartenant à des ci-devant nobles. Ceux-ci sont maintenant totalement ruinés. Nous avons vu aussi une croix et des crucifix d'une taille énorme à un carrefour ; ils étaient en morceaux sur le sol. Cela est représentatif de ce que l'on rencontre partout en France actuellement..."