La réalisation d'une voie de chemin de fer traversant la plaine de la Vaunage est pour la première fois évoquée au cours d'une séance du conseil municipal en 1869 . La crise dramatique dûe au phyloxéra n'est pas encore arrivée et le commerce des vins est florissant . La déclaration d'utilité publique est prononcée le 3 juillet 1875.

Située PICT4473sur la ligne de chemin de fer qui reliait Nîmes au Vigan par Sommières  ( devenue la "Voie-Verte" Caveirac-Sommières en 2006 ), la gare a été mise en service en août 1882 et inaugurée très officiellement le 30 octobre de la même année à l'occasion de la mise en service des tronçons ferroviaires "Nîmes-Sommières" et "Sommières-Les Mazes" (Le Crès, Hérault) à côté de Montpellier qui connaissent un vif succès. Cette est dite "type PLM 3 travées" ( PLM pour "Paris-Lyon-Méditerranée" du nom de la compagnie concesionnaire jusqu'à la nationalisation de 1938 et la création de la SNCF ). IL s'agit d'un bâtiment standardisé de 3ème classe comportant 3 ouvertures en façade avec étage. Au rez de chaussée, en entrant côté rue, la salle d'attente se trouvait à droite. Au centre, le vestibule d'entrée avec bascule et comptoir voyageurs et marchandises ( celui de Congénies a disparu mais nous avions pu le prendre en photo en 1995 ). Enfin, la travée de gauche abritait le bureau du chef de gare et l'escalier menant au logement à l'étage.  

Ci dessous,  quelques plans types similaires au bâtiment de Congénies; 1: côté voies; 2: côté esplanade-rue; 3 : vue de côté et marquise sur le quai

plm côté voies

plm coté rue

côté plm

  La concurence des automobiles et services d'autocars se fait sentir dès le milieu des années 1930 mais la Seconde Guerre Mondiale verra cependant son trafic augmenter à la suite des restrictions, notamment en essence, et par le fait qu'elle servit à de nombreuses occasions de « voie de secours » et de délestage pour le fret de marchandises en tous genres. En effet, au-delà du Vigan, la ligne grimpait sur le plateau du Larzac et rencontrait un carrefour alors  important à "Tournemire-Roquefort" : la ligne Paris-Béziers ( dite "Aubrac-Express" ). Cependant , bien que la poursuite de cette voie vers l'ouest,  jusqu'à  Albi , depuis longtemps projetée et dont la grande majorité des ouvrages d'art fût achevée à la fin des années 1930 , la voie ne fût hélas jamais posée à l'approche de la seconde guerre mondiale ... ! . Malgré tout, si le nœud ferroviaire de Narbonne sur l'axe Tarascon-Toulouse était détruit, on pouvait rejoindre la vallée de la Garonne via la « petite ligne » qui redescendait la vallée de l'Orb puis filait en direction de Mazamet , Castres et Albi. Entre Le Vigan et la Cavalerie , la voie a d'ailleurs longtemps conservé un intérêt stratégique du fait de la présence d'un important camp militaire sur le Larzac. PICT4472La Résistance locale tentera notamment de faire sauter deux ponts sur la commune de Congénies en 1944, celui de Lissac surplombant la route de Junas et celui de Tourel, à côté de la cave coopérative. Des chasseurs de l'aviation alliée mitrailleront également PICT4474quelques convois stationnés au niveau de l'ancienne gare de marchandises pour s'assurer qu’ils ne contenaient pas de munitions stockées par les Allemands.( aout 1944 )

   Après la guerre, le déclin de la ligne s'accentue encore, la plupart des liaisons vers Nîmes s'effectuant en autorail de type Picasso,   rouge et beige, ou bien avec l'autorail panoramique X 4200, même si parfois quelques rares trains à vapeur circulaient encore en périodes de plus fortes affluences lors d'événements importants tels des foires comme celle du Vigan. Malgré tout, les gares sont équipées au début des années 50 de panneaux de quais lumineux ( ce sera ici le dernier aménagement effectué ). 

_Autorail_Picasso L'autorail Picasso , sans doute le plus populaire de France ; fabriqué dans les années 1950-60 avec son poste de pilotage à l'étage .

La concurrence dorénavant totale de la voiture dans les années 1960, la vétusté générale des équipements, notamment des rails datant de la fin du XIXe siècle et issus des fonderies de Bessèges et Firminy dans la Loire, une démographie au plus bas à cette époque (seulement 460 habitants à Congénies ; un tel chiffre n'avait plus été atteint depuis le début du 18ème siècle ... ) ajoutée à une politique délibérée sur le plan national de suppression massive des lignes dites secondaires sur l'ensemble du territoire français auront finalement raison de la ligne. Malgré une forte mobilisation des élus locaux , notamment le maire de Congénies , Charles Bouët , également conseiller général du canton de Sommières , elle sera fermée définitivement aux voyageurs en janvier 1970 . Dés lors , seul un train de marchandises passera dont l'arrêt en gare de Congénies est supprimé en 1974 . Tout trafic sur la ligne sera définitivement arrêté  en mai 1987 ( d' ultimes voyages en autorail panoramique pour les scolaires et le public local , entre autres, sont organisés de 1983  à mai 1987 ).

Ci dessous, l'autorail panoramique stationné en gare de Sommières en 1983

autorail en gare de Sommières

Ce modèle, en service de 1959 à 1985 fut construit à seulement 10 exemplaires principalement dans le midi de la France. D'une longueur de 26,70 mètres, ils pouvait acceuillir 88 places, l'étage supérieur, dans la partie panoramique, était réservé aux 1eres classes; les sièges pouvaient pivoter . 

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Ticket valable dans un rayon de 7 Kms autour de Sommières; composté le 9 aout 1960  ( collection L Vannson ).

 

   Les terribles inondations du 3 octobre 1988 qui entrainent la destruction totale de plusieurs tronçons entre Caveirac et Nîmes portent un coup fatal à tout espoir de conservation de la ligne qui fut rapidement déclassée. PICT4470Les rails sont d'ailleurs déposés au printemps 1994. Finalement, Réseau Ferré de France , propriétaire des infrastructures ferroviaires depuis 1996 , vend l'emprise de l'ancienne ligne au conseil général du Gard en 2001. Celui-ci  décide l'aménagement d'une « voie verte » sur le tronçon Caveirac-Sommières. Celle-ci sera réalisée entre 2004 et 2006 et rencontre un vif succés depuis.

2005_0120eaucong_nies20041 Comme dans toutes les gares , la côte altimétrique figure au pied du bâtiment en bordure de quai . Si l'horloge de quai est encore présente ( horloger Paul Garnier à Paris ), la "cloche Léopolder" d'annonce des trains ( timbre hémisphérique de 40 cm de diamètre en fonte au son puissant, actionné par un mécanisme électrique interne ) a été démontée dès la fermeture ( seules quelques rares gares ou maisonnettes ont pu en conserver ) ... Ci dessous publicité de l'horloger Paul Garnier et vue d'une cloche Léopolder sur une maisonnette à Vauvert ( ligne "Nîmes-Le-Grau-Du-Roi ). 

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 La "cloche Léopolder" avait un système de sonneries très codifié : 3x2 coups pour l'arrivée des trains en sens paire; 3x3 coups pour le sens inverse ; et sonnerie continue en cas de problèmes sur la voie ( accidents ou retards par exemple ... ) 

 

Ci dessous , quelques vues de la gare au tout début du 20ème siècle :

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2005_0101photosanciennescong_0904 Plus ancienne vue de la gare alors toute récente de Congénies dans les années 1890 . Remarquez le bâtiment  des marchandises sur la droite alors simplement construit avec des planches de bois et toiture en tuiles mécaniques ... (archives Jaulmes ) .

 

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Il ne faut pas oublier non plus que , jusqu'à la fermeture de la ligne, le passage à niveau de la route d'Aubais était équipé de barrières dites oscillantes  qui fermaient la route sur toute sa largeur, L'une d'entre elles se trouve à l'entrée de l'ancienne gare de Junas . A l'origine, le tube supérieur était peint de bandes blanches et rouges en alternance.

oscillante1

             

BAR-1-plan

PN62PontParon

 

                             (Texte et recherches de Loïc Vannson)

 

Une histoire d'accent ...

Sur l'histoire de la ligne Nîmes-Le Vigan, on peut utilement consulter, dans la collection Gard-Lozère-Ardèche, la brochure "Le chemin de fer, 1ère partie"  éditée par AALLL et l'association Terre cévenole (1997, 66 pp., nombreuses illustrations). Les anciens usagers y retrouveront un peu de l'atmosphère de cette ligne d'une toute petite centaine de kilomètres, sur laquelle il n'y avait pas moins de vingt gares entre Nîmes et Le Vigan. Le trajet en autorail prenait plus de deux heures dans les années 1950-1960. Il pouvait largement dépasser les trois heures lorsqu'un événement particulier entrainant une fréquentation plus importante - rentrée des classes, foire du 9 septembre au Vigan - amenait le recours à la traction à vapeur et à l'utilisation de vieilles voitures en bois datant du début du siècle. Mais le trajet était d'une beauté exceptionnelle. 
   On signalera également que le cri "Congéniès ! Congéniès !" répété par les employés du PLM puis de la SNCF à chaque arrêt de train dans notre village n'a pas été pour rien dans l'ancrage d'une graphie et d'une prononciation erronées du nom de Congénies. C'est d'ailleurs l'orthographe défectueuse qui est inscrite sur les panneaux de l'ancienne gare ; sachez que la municipalité , dés 1882, avait demandé à ce que l' orthographe du nom du village soit rétablie correctement ... et il aura fallu attendre 1960 pour obtenir gain de cause ! Enfin presque, puisqu'au moment de la mise en service de la déviation routière Congénies-Aujargues en 1994 , le fameux  accent était à nouveau apparu sur tous les panneaux indicateurs ! A l'origine de "l'accent de la discorde" des problèmes de traduction du patois local en francais au cours du 18ème siècle , puis surtout un instituteur également secretaire de mairie quelque peu "facetieux" dans les années 1830 qui écrit systématique "Congéniès" dans les documents admnistratifs envoyés à la préfecture d'où la confusion ...

( L'erreur est apparue pour la première fois sur des rapports de visites et inventaires de biens  au mileu du 18ème siècle ainsi que l'attestent les recherches de Loïc Vannson à ce sujet en 1995 aux archives départementales du Gard )

Train en provenance de Nîmes vers 1910

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